L’axe progressiste Argentine-Brésil a du plomb dans l’aile
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La relation privilégiée entre les principales puissances d’Amérique latine, l’Argentine et le Brésil, scellée après l’arrivée au pouvoir de présidents “progressistes” dans les deux pays, traverse une mauvaise passe, sur fond de suspicions et de récriminations réciproques.“La relation entre l’Argentine et le Brésil passe par une phase de froideur extrême”, a reconnu un proche du ministre argentin des Affaires étrangères Rafael Bielsa, cité dans le quotidien La Nacion de dimanche.
La dégradation des liens entre les gouvernements de Nestor Kirchner et de Luiz Inacio “Lula” da Silva jette une ombre sur le sommet du Mercosur, qui a lieu à partir de mercredi dans la ville brésilienne d’Ouro Preto.
Dans cette cité historique avait été signé il y a dix ans l’acte établissant l’union douanière au sein du Mercosur, qui réunit, outre l’Argentine et le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay. Le traité d’Ouro Preto II devait engager l’approfondissement de ce marché commun du sud de l’Amérique latine qui fonctionne toujours de manière très imparfaite.
Mais une plus grande libéralisation des échanges au sein du bloc heurte la volonté argentine de ressusciter son industrie nationale, décimée par une décennie de politiques ultra-libérales dans les années 90.
Une réunion de haut niveau vendredi à Buenos Aires n’a pas permis de rapprocher les positions. Le gouvernement argentin va maintenir sa position “intransigeante”, a souligné M. Bielsa. “C’en est terminé” a-t-il affirmé, d’un type de relation où l’Argentine “cédait sans bénéfice d’inventaire”.
“C’en est fini non seulement dans les relations avec le Brésil, mais aussi dans celles avec l’Union européenne, avec la ZLEA (Zone de libre-échange des Amériques, voulue par les Américains) et dans toute négociation dont l’Argentine serait partie prenante”, a lancé le ministre.
“La question n’est pas de se montrer sympathique à notre interlocuteur mais de défendre férocement nos intérêts”, a-t-il expliqué.
L’Argentine a déjà imposé des barrières provisoires à l’importation de téléviseurs et d’électroménager brésiliens et se refuse à libéraliser davantage son marché automobile en arguant que six voitures sur dix vendues sur son sol sont de fabrication brésilienne. Ses fabricants de textile et de chaussures réclament aussi une protection contre les importations du pays voisin.
Les exportations du Brésil vers l’Argentine ont augmenté de 75,2% au premier semestre par rapport à la même période de 2003, à 3,3 milliards de dollars, alors que les importations brésiliennes de produits argentins ne progressaient dans le même temps que de 7,1%, à 2,5 milliards de dollars.
L’Argentine voit aussi d’un mauvais oeil la prétention du Brésil à se poser en moteur de l’intégration régionale. La presse brésilienne a relevé à l’envi l’absence du président Nestor Kirchner au sommet de Cuzco (Pérou) qui a fondé la semaine dernière la Communauté sud-américaine des nations
Dans ses conditions, la presse argentine évoque la possibilité d’un échec du sommet d’Ouro Preto. Mais il faut aussi tenir compte du style si particulier du gouvernement Kirchner qui n’aborde toute négociation qu’après un véritable tir de barrage contre son interlocuteur, qu’il soit “ami” ou “ennemi”.
Les relations bilatérales sont ainsi très distendues avec l’actuel gouvernement uruguayen (droite), mais aussi avec le Chili, pourtant dirigé par le socialiste Ricardo Lagos, où une visite prévue de M. Kirchner pour dissiper les malentendus est sans cesse repoussée.
