Le Mercosur à la dérive, sans leadership, sans institutions fortes
vu 166 foisUn véritable processus d´intégration requiert une direction forte, incarnée par un leader responsable, ou par des règles et des institutions régionales légitimées par tous. Le Mercosur ne possède ni l´un ni l´autre.
Cela fait déjà quelques années que le Mercosur est dans situation de crise. Il souffre d´une grande fragilité institutionnelle et la liste des promesses non tenues par les pays l´intégrant est incalculable. Regardez-les discuter, la théorie et la rhétorique ont pris depuis longtemps le pas sur la réalité.
Malgré les apparences, ce ne sont pas les disputes sur les importations de chaussures, de vins, de produits lactés ou bien d´électroménager qui constituent les vrais problèmes. Les vrais problèmes sont de nature politique et non commerciale.
Les analystes locaux essaient de faire un parallèle entre la construction de l´UE et celle du Mercosur. On utilise cette analogie pour souligner le chemin que le Mercosur devrait parcourir pour évoluer avec succès. Mais cette analogie est ambiguë et contient des conclusions erronées.
L´Europe est fille de la peur, née d´idéaux. Dans l´expérience européenne, l´intégration a des racines profondes dans les souvenirs épouvantables des souffrances de la Deuxième Guerre mondiale, de la menace soviétique et de la prépondérance des États-Unis durant l´après-guerre. Elle est née d´idéaux, parce que l´Union Européenne non seulement a réussi à se constituer comme une superpuissance dans l´enceinte économique mondiale, mais elle a réussi à créer une communauté singulière de valeurs, de droits partagés et de normes. Sans doute l´Europe n´a-t-elle pas toujours réussi à être efficace pour créer une puissance diplomatique et militaire, mais elle est l´exemple le plus réussi de comment un groupe d´États peut travailler à l´intérieur d´institutions communes pour construire une coopération authentique.
Le Mercosur est pour sa part fils de l´opportunité. Il est né de la nécessité de donner une réponse aux défis de la globalisation, dans une région où les États vivent ensemble dans un contexte pacifique depuis la guerre entre l´Argentine et le Paraguay (1870).
Historiquement les projets d´intégration ont une chance de succès lorsqu´ils remplissent au moins l´une de ces conditions :
Qu´existe un pays qui désire exercer un leadership et qui dispose des recours politiques et économiques pour jouer un rôle constructif, et ce, aux dépens de ses intérêts nationaux immédiats. Dans cette configuration, le leader décide, se responsabilise et donne l´impulsion nécessaire pour contourner les difficultés. Le rôle de la Prusse dans l´unification de l´Allemagne durant le XIXe siècle et, dans un autre contexte, l´appui des États-Unis au Mexique après la crise dite de la Tequila en 1995, en sont les meilleurs exemples.
Que le projet d´intégration trouve sa légitimité dans des normes et des institutions communes respectées par tous. Les membres du projet régional doivent être disposés à créer une série d´institutions conjointes qui limitent la souveraineté et les interférences politiques de chacun des pays membres. Le but de cette politique consiste à créer des noeuds durables de coopération et de solidarité.
En conclusion, un processus d´intégration régionale requiert un leadership effectif qui peut provenir soit d´un leader responsable, soit d´un ensemble de règles et d´institutions régionales respectées.
Malheureusement, l´actuel Mercosur ne remplit aucune ces deux conditions.
Le Brésil, le plus grand protagoniste de la région, doit faire face à un programme national économique et social complexe et manque, dans les moments difficiles, des recours stratégiques et économiques qui lui permettraient d´exercer un leadership effectif.
Malgré les apparences engendrées par une politique extérieure forte, le Brésil ne dispose pas des recours politiques et financiers ni de la solidité macroéconomique nécessaire pour exercer un leadership régional à court ou à long terme. Quand l´Uruguay, il y a peu, a subi une crise financière, il a recouru au FMI et au Trésor nord-américain pour la résoudre. Le Brésil n´a rien pu faire non plus pour aider L´Argentine à traverser la grave crise qu´elle vient de subir.
Le Brésil n´a pas démontré jusqu’à présent une disposition favorable pour déléguer sa souveraineté dans des institutions régionales. Dans le domaine stratégique, son ambition est d’occuper solitairement une place au Conseil de Sécurité de l´ONU - dans le simple but de représenter ses intérêts nationaux et non ceux de l´ensemble de ses partenaires du Mercosur.
Dans le domaine économique et institutionnel, le Brésil considère que les gains d´un projet d´intégration sont importants, mais insuffisants pour justifier son intervention dans le domaine des politiques nationales et internationales.
La création récente d’un Tribunal chargé de résoudre les conflits commerciaux avec un budget annuel infime de 200.000 US $ (le budget du Tribunal Européen comparable est 150 fois supérieur) confirme le refus Brésilien de perdre la moindre parcelle de souveraineté en faveur des institutions régionales.
Si les membres du Mercosur veulent vraiment relancer un projet d´intégration, ils devront s´asseoir à la table de négociations pour élaborer les bases d’un nouveau schéma politique d’alliance et de coopération.
Sans cela, il ne pourra pas sortir de son actuelle prostration.
