Les crabes de terre

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ecuador.jpgJe me suis réveillé cette nuit en riant. Oui, oui ça arrive, il n’y a pas que les cauchemars dans la vie. C’est une vieille histoire, elle se passe à Guayaquil, la perle du Paifique comme ils disent. En fait de perle, j’évitais généralement d’y rester trop longtemps, cette ville portuaire, chaude et humide, callée entre le Rio Guayas et l’océan, qui dégageait des odeurs d’immondices dans ses rues malpropres ne m’a jamais plu.
Là, des enfants vendaient sur les trottoirs, entre autres choses, des amoncellements de crabes attachés les uns aux autres par de la ficelle. Grand amateur de crustacés j’avais fait un jour une remarque bête et stupide à l’un de mes contacts et lui avait demandé qu’elle était le secret de la longévité de ces crabes qui, en plein soleil et hors de l’eau, semblaient ne pas vouloir mourir et continuaient inlassablement à remuer leurs pattes et leurs yeux.
Il se mit à rire. Ce sont des crabes de terre, me dit-il. Des cangrejos. On adore ça par ici, tu as vu ces pinces. Les enfants les attrapent pour les vendre. Le meilleur endroit se trouve près des cimetières et des décharges.
Je me promis de ne jamais en manger. Je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, que ce soit sur terre ou en pleine mer le crabe se nourrit de cadavres. Mais bon.
Plusieurs mois plus tard, pour une raison dont je ne me souviens plus, notre homme décida de m’inviter à déjeuner, dans un restaurant typique. Pas de costume m’avait-il dit, jeans et T-shirt feront l’affaire.
Le chemin tortueux que prenait sa voiture pour traverser les faubourgs de la ville, des maisons en bambou sur pilotis pour les plus riches, commençait à m’inquiéter autant que cette odeur acre d’immondices qui la remplissait. Même la cumbia lancinante qui sortait en crachotant de son autoradio n’arrivait pas à me dérider.
Le quartier se fit petit à petit plus amène, quelques petites industries plastiques, des maisons en parpaing puis une espèce de garage qui portait fièrement sur son faîtage un panneau ou était écrit : El Cangrejo Rojo.
L’intérieur était sobre, enfin sobre… des tables en bois, des chaises en bois, un sol cimenté, les murs en parpaing qu’on avait oublié de blanchir et de passer à la chaux, mais des petites lumières de toutes les couleurs, comme des guirlandes de Noël qui clignotaient au rythme d’une cumbia locale. Dans un coin, elle aussi avec un éclairage multicolore, une vierge du Guayas en terre cuite et peinte par un artiste local, Dieu ait son âme et surtout sa palette de couleurs, allait veiller sur notre repas. Au plafond deux ventilateurs made in Taiwan étaient censés chasser les mouches.
Quant à l’odeur, comment vous dire, ça ressemblait un peu à un bordel de campagne privé d’eau courante depuis des mois.
On nous indiqua une table pour nous asseoir, on y plaça les outils en bois nécessaires à la dégustation de la seule chose servie dans ces lieux : Le crabe de terre.
Les outils, c’est à dire une planche en bois et un maillet. Le tout avec un grand morceau de plastique pour s’entourer et par devant et par derrière, c’est que, voyez-vous, tout le monde n’étant pas forcément adroit de ses mains, des morceaux de crabes volaient un peu dans la pièce lorsque le maillet arrivait un peu de biais sur les bestioles.
Une douzaine de crabes par personne, deux litres de bière, de la sauce piquante et allons-y.
Je vais vous faire une confidence, un vrai délice, j’y suis retourné plusieurs fois.

9 Commentaires pour “Les crabes de terre”

  1. Pedro a dit:

    Merci pour ce petit moment d’évasion au milieu d’une aprs midi de travail dingue…
    Je serai curieux de gouter cela. Tu sais les préparer Patrick?

  2. Patrick a dit:

    Ça c’est bien une question de Marseillais ! ;-)

    Le crabe en général ça se met dans l’eau bouillante, Merlinpinpin.

    Bonnes fêtes

  3. Pedro a dit:

    et on peut faire un aïoli avec alors! ;-)

  4. Patrick a dit:

    pourquoi pas

  5. Emilie a dit:

    Même latitude, mais coté Atlantique, les restaurants TOC TOC (du bruit des massettes sur les crabes) servent des crabes pêchés aux sorties d’égouts de Belem. Top. A manger sur la tête d’un teigneux…

  6. pasinul a dit:

    Guayaquil “La perle du Pacifique” était pour moi “L’enfer du Pacifique”. Devoir y passer était un calvaire. Mon principal souci était de comment faire pour y rester le moins longtemps possible, ou plutôt dit de comment en sortir le plus vite possible. On ne savait jamais si le plus dangereux était de prendre le bus ou un taxi, tellement la délinquance organisée était féroce. C’est là que j’ai appris que l’on pouvait mourir par balle dans un bus si l’on refusait de se faire voler ses baskets.
    Et pourtant, j’ai toujours été étonné que beaucoup d’Européens préféraient “l’exotisme” de Guayaquil pas rapport à Quito. Moi pas, Guayaquil c’était l’Afrique de la machette et puis il y avait aussi Abdala Bucaram. AU SECOURS!

  7. Roberto a dit:

    Bon, et bien pas réjouissant tout ça ! J’ai l’intention d’y faire un saut en descendant vers le Perou, les crabes de terre m’incitent à m’y arrêter.
    Je vous dirai ce que j’en pense

  8. pasinul a dit:

    Attention, c’était il y a 20 ans… Aujourd’hui c’est peut-être le paradis ! (mais j’en doute).

  9. Patrick a dit:

    Moi qui avait été fait honoraire du Club de la Union par Carlos Julio Arosemena Monroy, eh oui, eh oui, j’y avais quelques privilèges…

    Faudra que je vous racconte ça, le Carlos Arosemena c’était un vrai personnage de roman !

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