Loja, Vilcabamba, Cariamanga (cinquième partie - la cerise sur le gâteau)
350 lecturesÀ 9 heures elle se présenta dans le hall de l’hôtel. Elle me sourit, il y avait déjà un peu de tristesse dans ses yeux. Elle savait, tout comme moi, que cette rencontre ne serait pas celle de deux amants qui vont se découvrir et ouvrir une fenêtre sur l’avenir, bien au contraire. Nous allions simplement nous dire au revoir.
Une fois dans l’ascenseur, son visage semblait me dire :
Il était une peu plus de midi lorsqu’elle s’en alla. Nous n’avions pas épuisé notre désir et c’était mieux comme cela. Nous avions eu notre petit moment de bonheur, pas de ceux qui remplissent une vie, mais simplement de ceux qui permettent d’avancer et de soulager les blessures de la route. Les désirs insatisfaits laissent de plus beaux souvenirs.
Comme j’avais prévenu le garage que je ne viendrais pas ce matin-là, prétextant que je me sentais un peu grippé, on ne me posa aucune question. Le travail continuait tout comme le va-et-vient des grosses BMW . La routine quoi.
Il nous restait un jour et demi de facturation à effectuer. Je demandais quelques précisions sur ce qui était programmé et fis les comptes.
Une fois les frais enlevés, notre ami mécanicien rentrerait à Quito avec 2000 dollars, ce qui n’était pas mal bien sûr, cela lui permettrait de sortir la tête du trou, mais ce n’était pas suffisant pour lui donner le temps de reformer ses méthodes et trouver une autre clientèle. Il risquait fort de se retrouver dans la même situation dans 2 ou 3 mois. Pas franchement acceptable.
Je lui fis part de mes calculs. Lui, il semblait être content, il avait sauvé sa tête et son garage, et ne voyait pas plus loin que cela.
Il était temps de lui exposer mon plan B.
Un peu de mal à lui faire accepter, j’aimais autant cela. Je répondis aussi bien que je pouvais à ce moment à toutes ses objections, quand avec un sourire convenu il me sortit son dernier argument, celui qui dans sa tête allait lui sauver la mise :
_Impossible, tu le sais bien, ma femme va me faire un scandale, elle m’attend dimanche.
Quand je lui avouais que j’avais déjà parlé avec elle de ce retard probable, et qu’elle l’avait accepté, il sut que j’avais gagné.
Gagné, c’était vite dit, s’il y avait du monde à tourner autour de l’hameçon, personne n’y avait mordu. Ils attendaient, ces salauds, que je fasse le premier pas. Hors de question, c’était à eux de le faire si je voulais vendre les prestations de mon ami un bon prix.
Me dirigeant vers la voiture, je lui dis en me retournant : Je vais à l’aéroport confirmer nos vols pour dimanche et je répétais la phrase en espagnol à l’attention de l’apprenti qui répondit : N’oublie pas que tu m’as promis de m’emmener voir les filles vendredi soir.
C’est le lendemain que tout se joua. J’avais passé une bonne nuit, les draps de la chambre étaient encore empreints de l’odeur de Carole et je m’endormis pour aller retrouver des moments d’extases, enfin, je le crois, car je ne me souviens jamais de mes rêves.
C´est une jaguar qui déboula dans la cour du garage. L’homme, petit, trapu. décoré lui aussi comme un arbre de noël demanda bien sûr à changer l’huile de sa voiture. Puis, il se dirigea vers moi, et en enlevant ses lunettes noires me dit :
On peut parler ?
C’était un regard de chef. Sans agressivité, intelligent, on n’y décelait aucune compassion, mais aucune lueur de folie non plus.
Bien sûr, on peut parler, que désirez-vous ?
J’ai une dizaine de véhicules à réparer, il y a même une Ferrari, ce sont tous des véhicules européens, tous, pratiquement neufs. J’ai aussi des stocks entiers de pièces détachées et peux faire venir très vite ce qui peut vous manquer.
Vous savez qui nous sommes, je n’ai pas l’intention de vous mêler à nos affaires, mais ces voitures sont notre plaisir et notre distraction. Il n’y a personne pour faire ce travail ici, je serais très généreux.
Ou sont-elles ces voitures ?
À quelques heures d’ici. Nous vous emmènerions demain à la mi-journée pour un retour le dimanche suivant pour reprendre votre avion. Vous savez, c’est un peu comme un country club. Vous aurez confort et services.
Je vous offre 10.000 dollars termina-t,-il avec un sourire carnassier.
Première règle, on ne discute jamais les prix avec ce genre de personne, mais on n’est pas obligé d’accepter de suite. L’offre était honnête, plus qu’honnête, même.
Laissez moi convaincre mon ami, c’est lui le principal intéressé. Je m’en charge, mais il faut que nous finissions le travail ici et puis j’ai promis à son apprenti de l’emmener…
Je sais, me dit-il en riant, de l’emmener au bordel. Il me laissa une carte avec un plan. Allez ici, vous allez être surpris, nous aurons l’occasion d’y terminer cette conversation.
L’après-midi se passa tranquillement. Le garagiste qui nous avait prêté ses installations fut surpris de ne plus voir les BMW série 7 venir faire leur vidange, il s’il était habitué et n’avait jamais gagné autant d’argent de sa vie.
Toutes les pièces détachées avaient été vendues. Il restait quelques bricoles que nous lui laissâmes en guise de cadeau.
Je lui dis que je passerai le lendemain matin pour rendre la 504 qu’on m’avait prêtée, elle était réglée et son propriétaire ne la reconnaîtrait pas lors de sa première utilisation.
Je donnais ensuite mes ordres. Pas de valises, sac plastique avec jeans, et affaires de rechange. Pas envie de me faire fourguer de la merde dans mes bagages. Le reste serait entreposé chez notre ami aux colliers antipuce. Bien sûr le plus lourd et volumineux serait les caisses à outils.
Puis je pris l’apprenti à part : si je te vois toucher à un gramme de dope, de l’herbe ou tout autre substance, tu as définitivement perdu ton boulot. Je suis clair !
Puis je lui donnais une boîte de préservatifs et lui montrais en sortant une banane du panier de fruits qui était sur la table comment il devait s’en servir.
J’avais totalement oublié que j’étais dans le restaurant de l’hôtel, de vieilles dames qui prenaient le thé me regardèrent avec des yeux qui disaient, mon dieu protégez-nous le diable vient de débarquer à Loja et il a pris pension à l’hôtel, alors que les serveuses étaient pliées en deux de rire derrière le comptoir.
Restait à faire les comptes. Je retirai de ce que nous avions facturé, les frais et le prix de pièces que je devais régler. Il restait l’équivalent de 2300 dollars à mon ami.
Je lui donnais lorsqu’il me dit : Ça, plus dix mille dollars, c’est du pain bénit.
Non, non, camarade, ça plus 7500 dollars, un bon impresario, ça se paye !
Fumier ! me dit-il en riant. Mais je savais que quelque part il devait le penser ; ça me fit de la peine.
Il fallait maintenant nous préparer pour un spectacle qui reste gravé, depuis ces années, dans ma mémoire.
( à suivre)

11 mai 2006 at 15:50
Yipee, Yipee hé.
Un vrai bonheur de vous lire.
Merci.
La suite, svp.
Kersaint.
12 mai 2006 at 10:34
Quel plaisir ! On se croirait dans un roman ! Vous me faites penser au “Papillon” de Henri Charrière.