Loja, Vilcabamba, Cariamanga (deuxième partie - l’antipuce)

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Mardi 9 mai 2006 - 1:17

L’arrivée à Loja en avion, c’est toujours un petit coup de stress, les montagnes sont hautes, il faut se faufiler entre les vallées, hop, un petit virage à droite et on apercevait sans effort les épis de maïs dans les champs, hop un petit virage à gauche pour le même spectacle. Et puis la piste d’atterrissage.
Notre ami de l’alliance, Robert, nous attendait avec un break heureusement, car entre les caisses d’outils et les pièces détachées nous avions de lourds et volumineux bagages.
J’avais choisi d’arriver un vendredi, pour faire un peu de pub dans la ville avant de commencer à travailler, et puis j’étais impatient de voir Vilcabamba, la vallée des centenaires.
Notre mécanicien avait ronchonné tout le voyage, et si on me vole mes outils, et si personne ne vient, et si mes prix sont trop chers. Son apprenti, un garçon d’une quinzaine d’années, maigre, tout petit, débrouillard comme tout, était aux anges. Non seulement, il apprenait un métier qui le passionnait depuis 2 ans avec mon ami et il savait qu’ainsi il aurait une source de revenus lui permettant de nourrir une famille, mais ce voyage le passionnait. C’était la première fois qu’il prenait l’avion, qu’il allait aussi loin et il m’avait confié qu’il espérait bien connaître bibliquement la première femme de sa vie, des amis lui ayant dit que les prostituées n’étaient pas chères dans cette région et en plus très gentilles.
Très gentilles, le terme m’avait surpris et fait rire et je lui avais promis de l’accompagner dans une maison close avant de partir. A cet âge et à cette époque, son rêve était simple, naturel et correspondait à l’idiosyncrasie locale.
J’avais décliné l’offre d’hébergement de Robert et de son épouse, préférant l’hôtel, même si mes deux complices dans cette aventure, étaient eux satisfaits de cette opportunité. En fait, je me sens toujours mal chez les autres, ai sans arrêt l’impression de déranger et bousculer des règles ou des rites établis sans pouvoir observer les miens. Mon démarrage matinal est lent et se fait très tôt et je ne suis capable de patience qu’après avoir avalé un litre de café noir.
Je déposais donc mes affaires dans un hôtel dont je n’ai pas le moindre souvenir aujourd’hui sauf peut-être que la décoration avait dû être faite par un croquemort de passage, pris dans mon sac les douze colliers antipuces qu’il m’avait commandés et nous reprîmes le chemin de sa maison. J’étais curieux de voir ses chiens.
Sa femme nous attendait contente de pouvoir parler avec des personnes qui avaient certainement des choses singulières et différentes à lui dire. La maison qu’il louait était superbe, immense, construite récemment avec des différences de niveaux et des petits recoins comme aimaient les construire les architectes équatoriens. La main d’oeuvre bon marché permet dans ces pays des choses que nous ne pouvons plus faire en Europe.
Elle rayonnait cette femme, d’une intelligence et d’une sensualité à fleur de peau (quand ces deux choses se conjuguent, c’est toujours un bonheur). Elle était drôle, pleine de vie et manifestement tenait d’une main de maître l’avenir de ce couple que les hasards de la vie avaient réuni.
Nous avions commencé à prendre l’apéritif quand Robert me demanda ses colliers.
Je n’ai pas vu tes chiens lui dis-je, pas entendu non plus en lui tendant le paquet que m’avait fait le vétérinaire.
Je n’ai pas de chiens, c’est pour moi, me répondit-il, et dans le même temps, après avoir sorti deux colliers de leur emballage il se les plaça autour de ses chevilles.
Je ne savais plus quoi dire, un fou rire commençait à monter dans ma gorge, quand, regardant à ce moment précis le visage Carole, sa femme, je vis comme un rideau qui se fermait sur ses yeux.
Il y a des puces partout dans cette ville, me dit-il, 4 années que je supporte cela ! J’ai acheté tous les stocks de la ville pendant cette période, mais depuis un moment ils n’en avaient plus. Maintenant je suis tranquille pour un an.
Mon mécanicien, lui aussi un peu bousculé par la vie, n’y trouva rien à redire, seul Pablo l’apprenti me fit un signe de connivence et se tut.
Suivit bien sur la litanie des reproches qu’il faisait à son conseil d’administration locale, l’Aliance Française a toujours un Conseil d’Aministration conformé par des locaux, le temps un peu long, qu’il considérait avoir passé dans cette partie du pays, le fait que son épouse n’avait pas d’activité et qu’elle s’emmerdait à cent sous de l’heure… j’en passe et pas forcément des meilleures.
Que voulez-vous tout le monde n’a pas la chance d’enseigner dans une zep de la région parisienne pour trois fois moins cher avec un coût de la vie 5 fois supérieur.
Que voulez-vous que je vous dise, que le fric ça n’est pas tout dans la vie, c’est vrai, surtout lorsqu’on ne s’en sert pas.
Après une conversation avec Carole, que j’avais réussi à prendre à part, j’appris qu’ils mettaient de côté une somme considérable chaque mois pour pouvoir vivre quand ils rentreraient en France dans la maison de leurs rêves. Pas de vacances, pas de week-end en amoureux à Aruba ou Bonnaire, rien.
Ni même de sous-vêtements scandaleux pour égayer leurs nuits !
C’est ce jour-là, je crois, qu’il me vint l’idée d’écrire mon premier proverbe :
Quand on vit comme un rat, il ne faut pas s’étonner d’avoir des puces.
Je plaisante, bien entendu !
Nous sommes ensuite passé à table, avons mis au point notre stratégie publicitaire pour le lendemain samedi et notre visite à la vallée des centenaires le dimanche.
La suite, demain, si vous le voulez, mais essayez de me le faire savoir.
J’illustre :

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12 commentaires pour “Loja, Vilcabamba, Cariamanga (deuxième partie - l’antipuce)”

  1. bamalega a dit:

    Voilà deux jours que je piétine. La suite, la suite!!!

  2. Blue_Ice a dit:

    Je le veux bien ! Passionant, tout ça !

  3. Aless a dit:

    bien sûr qu’on veut la savoir ! :-)

  4. kersaint a dit:

    héhéhé, je pensais bien qu’il fallait le titiller un peu le Brezouneg pour qu’il se dégourdisse de la plume ;-)
    mais c’est pas très fairplay d’aller planquer des inédits dans “un poker dangereux”. A moins que ce soit un jeu de piste?

    En tout cas merci, je me régale.

    Kenavo

    Kersaint.

  5. Xavier a dit:

    Oui, cette suite serait délicieuse, ces anecdotes sont un plaisir de lecture et un régal d’exotisme léger.

  6. Benoît a dit:

    bien sûr que la suite est souhaitée! (et merci pour les 2 premiers épisodes)
    ça me fait penser à un ami argentin qui me disait: on parle toujours de “realismo mágico”, mais c’est tout simplement la réalité sud américaine :-)

  7. 10:51 sur l’horizon de la planisphère » Blog Archive » Les mises au point du Mardi a dit:

    [...] On est mardi, et mon ami Zhom, nous a fait une pette crise de jalousie hier, mais tu sais Zhom tu n’as pas lieu de t’inquiéter concernant les femmes non célibataires, j’ai tout de même certains principes que tu peux trouver ici, et comme tu m’es sympathique j’estime que la chanson te sied à merveille et j’ai oublié de te dire ‘JE SUIS FOU DE LADY GUY‘, et comme le dit si ben le Parasite cela te permettra de découvrir de nouveaux horizons les soirs d’Orage! Maintenant concernant ce fameux hommage qui doit être rendu à Lady Guy et pour reprendre ses mots, ceci doit être fait sur vos blogues, et au jour d’aujourd’hui je n’ai absolument rien vu, au lieu de vous regarder écrire, essayez d’apprendre à lire! En parlant de s’écouter ou de se lire, Daniel, fidèle à son habitude n’a pas écouté Fred, ne m’a pas écouté, et Kim semble réellement prendre le même chemin, serait-ce contagieux pour finir? (Remarquez ça fait un bon mois que c’est calme, sur la blogosphère) Bon j’’attends depuis hier la suite de l’histoire de Patati et Patata (voir les biscuits de fortune hier pour Daniel), je déteste les histoires en plusieurs épisodes, cela me donne inévitablement le goût d’y revenir, pour les siennes j’ai tout de même attendu qu’il y’ait deux épisodes, le premier ici et le second ici, mais le mieux c’est encore de l’écouter si vous saviez….Est-ce que je vous avais dit que ‘JE SUIS FOU DE LADY GUY‘! [...]

  8. Rémi a dit:

    “La suite, demain, si vous le voulez, mais essayez de me le faire savoir”
    On le veut, on le fait savoir. La suite, la suite!!!

  9. Shiva a dit:

    La souite, la souite, la souite! Hombre! ;->>

  10. Alarc'h : le chant du cygne a dit:

    Les français “expatriés”

    Petits fonctionaires, promus par les vertus d’un coût de la vie dérisoire et d’un salaire mirobolant, en “élite de la nation”, le modèle du petit français colonial est répendu dans le monde entier, en Afrique, en Amérique, en Asie. Surpayés, jamais…

  11. samantdi a dit:

    “C’est ce jour-là, je crois, qu’il me vint l’idée d’écrire mon premier proverbe :
    Quand on vit comme un rat, il ne faut pas s’étonner d’avoir des puces.”

    Tiens, ton proverbe me fait penser à une réflexion que le père de Kafka fit à son fils, à qui il reprochait de fréquenter des théâtreux un peu bohèmes : “qui se couche avec les chiens se réveille avec la vermine”, et cette phrase a tellement glacé Kafka qu’elle l’a amené à écrire “La Métamorphose” dans laquelle le personnage se transforme en insecte…

    C’est vrai qu’elle est fort bien troussée, cette vie des Expatriés…

  12. Patrick a dit:

    Samantdi de retour. Ça fait plaisir.

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