Loja, Vilcabamba, Cariamanga (première partie - Introduction)

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Lundi 8 mai 2006 - 8:49

Il n’est pas toujours facile d’être un Français immigré dans un pays perdu d’Amérique latine. Beaucoup y tentent leur chance, mais la réalité c’est qu’il y a beaucoup d’appelés et bien peu d’élus.
C’était le cas d’un mes amis, excellent mécanicien, qui avait monté un petit garage à Quito. Il faisait malheureusement partie de ce peu d’élus qui vivotent avec difficulté, cachant tant bien que mal leur misère.
Penser que la communauté française est solidaire, lorsqu’on vit à l’étranger, est une erreur que beaucoup ont appris à connaître à leurs dépends. C’était son cas, s’il était de loin le meilleur mécanicien de la ville, il était aussi le plus cher, et donc le moins visité sauf en cas de problèmes urgents et insolubles.
Enfin quand je dis le plus cher, il faut s’entendre, c’était largement moins cher que ce que vous avez l’habitude de payer en France.
Je parle bien sûr de cette communauté, qui, défrayée par l’Etat, passe sa vie de poste en poste d’un pays à l’autre que ce soit en tant que diplomates, ce n’est pas la pire, en tant que qu’enseignants ou experts pour différents organismes d’Etat.
En Équateur, à cette époque tout ce brave monde roulait sur l’or. Une vie si peu chère avec des salaires multipliés par trois, ils croyaient tous être sortis de la cuisse de Jupiter et avaient oublié, depuis longtemps, que lorsqu’ils résidaient en France, les fins de mois étaient parfois difficiles, et que personne ne les invitait à des cocktails et sauteries diverses ou leurs épouses se faisaient baiser la main par les représentants de l’Etat.
Et puis, la voiture était pour eux la cagnote avec laquelle on se construirait tout d’abord sa résidence secondaire, son petit appartement à Paris, et pour finir la superbe piscine avec sauna de sa maison de campagne, car des vacances bien méritées ne se conçoivent pas sans ces petits conforts qu’une résidence secondaire doit inclure pour les gens de qualité.
La voiture dis-je, car elle était libérée de toute taxe à l’achat pour eux alors même que la population locale devait payer 300% d’impôts indirects pour le même produit. Vous comprendrez que quand on peut la changer tous les ans ou tous les deux ans selon le ministère dont vous dépendez, ce n’est pas une source de revenus négligeable.
Mais mon ami était dans la merde ce jour-là. Il fallait que je trouve une solution. Lui prêter de l’argent, soyons sincère, ne faisait pas partie de mes options. Donner sans espoir de retour, on ne rend jamais l’argent qu’on a obtenu pour se sortir d’une mauvaise passe tant qu’on a pas une stratégie de rechange, il était loin de l’avoir, est un mauvais service que l’on peut rendre.
À la décharge du manque de solidarité de certains, il faut reconnaître qu’il avait un caractère de chien, dû au mépris et à la mesquinerie qu’il ressentait de la part de sa communauté, bien sûr, mais qui venait surtout d’un extraordinaire ego. Il portait le même nom que ce magicien qui a fait de Ferrari la meilleure équipe de formule 1 du monde, le connaissait pour être de la même famille, mais leurs rapports n’étaient pas des meilleurs, tant s’en faut.
J’avais une idée en tête, mais il me fallait quelques heures pour en confirmer la viabilité. Après un certain nombre d’appels téléphoniques, j’avais mon plan, sa version A et sa version B. Je terminais par une communication avec le responsable de l’alliance française de Loja, un jeune homme qui vivait là bas avec sa charmante épouse depuis bientôt 4 ans et qui commençait à craquer psychologiquement. Lui donner un peu d’activité ne lui ferait pas de mal. Très curieusement, je n’avais pas souvenir qu’il élevât des chiens, il me demanda de lui apporter une douzaine de colliers antipuces que m’empressai d’aller acheter chez mon vétérinaire.
Il ne restait plus qu’à convaincre notre mécanicien caractériel de m’accompagner à Loja avec un de ses apprentis.
Pas facile, mais, en la circonstance, j’obtins l’appui de son épouse, une magnifique équatorienne, généralement muette comme une carpe, mais qui ce jour-là, devant les difficultés qu’ils rencontraient, réussit à le convaincre.
Le plan était très simple. Il fallait se rendre dans cette petite ville du sud de l’Équateur, un peu plus de 100.000 habitants, s’installer dans un garage et commencer à réparer à la chaîne toutes les 504 et 505 qui tournaient dans la ville et qui n’avaient reçues, pendant des années, qu’un modeste entretien fait de graissage vidange et de changement de bougies. Le concessionnaire Peugeot me l’avait confirmé et me remettait, en consignation, un stock de pièces de rechange qu’il savait être indispensables, et me donnait l’assurance que sur simple appel de ma part il expédierait, par avion et dans la journée ce qu’il pouvait manquer.
J’avais, grâce à mon ami de l’alliance, trouvé un garage avec des fosses libres, et qui demandait, en contrepartie de vendre l’huile pour les vidanges que nous ne manquerions pas de faire.
Je n’avais bien sûr pas dévoilé mon plan B, mais avais prévenu son épouse que les dix jours prévus se transformeraient vraisemblablement en un séjour plus long.
Pour ma part, je venais de réaliser une affaire qui m’avait demandé plusieurs années d’efforts, ma petite famille était en France, en vacances, j’avais besoin de recharger mes accus et cette petite aventure était la bienvenue, surtout le plan B, qui dépendait plus de la chance que je saurais faire venir que de ma propre volonté, mais qui me donnerait la dose d’adrénaline qui était, à cette époque, la source d’énergie dont j’avais besoin.
Donc, comme on dit en Bretagne, et sans doute ailleurs aussi, en voiture Simone ! Sauf qu’en fait de voiture c’était un Focker des lignes intérieures qui devait nous amener à destination.

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5 commentaires pour “Loja, Vilcabamba, Cariamanga (première partie - Introduction)”

  1. Bamalega a dit:

    Quel suspens, je piétine, à quand la suite ?

  2. Rémi a dit:

    On est mis en bouche en tout cas, j’attends la suite.

  3. Laurent a dit:

    Salut,
    effectivement suis en haleine moi aussi un peu comme lors de l’excellent repas auquel tu m’avais convié.
    Les souvenirs de bruxelles… de l’equateur… et les conseils précieux !

    Et vivement la prochaine que j’amène enfin ces bons chocolats belges et peut-être un peu de bière artisanale…
    a+

  4. Patrick a dit:

    Chocolats et bière artisanale, c’est noté Laurent

  5. 10:51 sur l’horizon de la planisphère » Blog Archive » Les mises au point du Mardi a dit:

    [...] On est mardi, et mon ami Zhom, nous a fait une pette crise de jalousie hier, mais tu sais Zhom tu n’as pas lieu de t’inquiéter concernant les femmes non célibataires, j’ai tout de même certains principes que tu peux trouver ici, et comme tu m’es sympathique j’estime que la chanson te sied à merveille et j’ai oublié de te dire ‘JE SUIS FOU DE LADY GUY‘, et comme le dit si ben le Parasite cela te permettra de découvrir de nouveaux horizons les soirs d’Orage! Maintenant concernant ce fameux hommage qui doit être rendu à Lady Guy et pour reprendre ses mots, ceci doit être fait sur vos blogues, et au jour d’aujourd’hui je n’ai absolument rien vu, au lieu de vous regarder écrire, essayez d’apprendre à lire! En parlant de s’écouter ou de se lire, Daniel, fidèle à son habitude n’a pas écouté Fred, ne m’a pas écouté, et Kim semble réellement prendre le même chemin, serait-ce contagieux pour finir? (Remarquez ça fait un bon mois que c’est calme, sur la blogosphère) Bon j’’attends depuis hier la suite de l’histoire de Patati et Patata (voir les biscuits de fortune hier pour Daniel), je déteste les histoires en plusieurs épisodes, cela me donne inévitablement le goût d’y revenir, pour les siennes j’ai tout de même attendu qu’il y’ait deux épisodes, le premier ici et le second ici, mais le mieux c’est encore de l’écouter si vous saviez….Est-ce que je vous avais dit que ‘JE SUIS FOU DE LADY GUY‘! [...]

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