Loja, Vilcabamba, Cariamanga (septième partie, le country club)
273 lecturesLe temps pour moi d’attraper l’apprenti par le col de sa chemise, il était en train de jouer au jeune coq devant un parterre de petites Indiennes qui le regardaient avec des yeux d’envie, et nous prîmes la route du retour. La semaine qui venait risquait d’être forte en émotions.
J’avais rendu la voiture et laissé une bonne partie de mes affaires ainsi que l’argent chez Carole et son époux.
En attendant dans le lobby de l’hôtel, je donnais mes dernières instructions. On se tient pénard, pas de drogue, ni même un pétard. Cela ne m’était pas difficile, pour une raison mystérieuse, malgré des sollicitations nombreuses et diverses, j’avais toujours refusé de toucher à la drogue, même la plus douce.
Entre la cigarette et l’alcool et ce goût immodéré que j’avais de me mettre dans toutes les aventures possibles et impossibles, c’était largement suffisant.
Les caisses à outils à nos pieds, un sac plastique chacun, nous étions quand même un peu tendus quand arriva une grosse Jeep Blazer, dont les vitres noires ne laissaient rien voir à l’intérieur.
Ils étaient deux, ce qui voulait dire qu’il nous faudrait nous tasser tous les trois à l’arrière du véhicule. Si ce genre de caisse a l’air énorme, le confort n’est malheureusement disponible que pour les deux occupants des places avant. L’arrière est étroit et le siège est placé juste au-dessus d’un essieu rigide qui a le plus grand mal à amortir les imperfections des chemins de terre.
Les deux hommes étaient sympathiques et malgré l’aspect patibulaire de leur visage s’efforçaient de se montrer serviables. C’était manifestement un rôle de composition qui ne leur seyait guère.
Ils nous annoncèrent que le trajet nous prendrait entre 1 et 2 heures et au sortir de la ville nous demandèrent de nous bander les yeux.
Passons sur l’inconfort des conditions du voyage, sans pouvoir prévoir à l’avance les soubresauts de la Jeep, nous étions transformés en véritables haricots sauteurs.
Au bout d’une heure et demie, on nous autorisa à ôter nos bandeaux. Un de ces paysages typiques de la cordillère des Andes, valonné et boisé de magnifiques eucalyptus, qui contrairement à ce que beaucoup de gens pensent ne constituent pas une espèce native de la région s’étalait devant nos yeux. L’eucalyptus est arrivé avec le colonisateur espagnol.
Nous étions sur les terres de Miguel au dire de nos accompagnateurs puis, au détour d’un chemin, une magnifique bâtisse de style espagnol devant laquelle il nous attendait nous rassura par son élégance.
Il y a des moments comme cela où n’importe quel sentiment, même s’il ne s’agit que de considérations esthétiques, sert à combler l’esprit de ce qui lui manque le plus. Ce qui nous manquait le plus à cet instant précis était la confiance.
Il nous invita à nous rafraîchir dans une pièce au décor majestueux, s’excusa, une fois de plus, de l’inconfort du voyage et nous annonça qu’il allait nous emmener personnellement à la maison qu’il nous avait fait préparer. Elle était à 20 minutes à pied de sa demeure par chemin qui passait devant divers prés et zones cultivées de maïs et de pommes de terre.
C’était en fait un petit village, où, disait-il, il réunissait ses collaborateurs les fins de semaine, où d’autres, plus proches de lui, vivaient à l’année. C’était là aussi, que sous un immense hangar, étaient stationnées un nombre impressionnant de voitures.
Notre maison était grande, spacieuse, bien meublée avec une piscine dont la moitié couverte donnait dans un grand salon et l’autre dans le jardin.
Toutes les chambres disposaient d’une salle de bains et d’une cheminée. Les nuits sont fraîches dans la cordillère.
Une toute petite Indienne, dont la vie difficile pouvait se lire sur les rides de son visage, nous attendait. Manuel nous la présenta. Je dois avouer que je ne me souviens plus de son prénom. Elle me demanda, un peu inquiète, ce que nous aimions comme type de nourriture.
La nourriture et la cuisine locale, lui dis-je, et des soupes comme vous savez les faire par ici. L’Équateur n’est pas un pays de grandes traditions culinaires, ceux qui y ont vécu connaissent bien sûr le cebiche, différent du cebiche péruvien. Celui qui a laissé sa curiosité à la traîne, qui a réussi à vaincre le complexe d’infériorité que les natifs du pays ont devant leur cuisine comparée aux traditions françaises, est seul à savoir que ce peuple a autant de recettes de soupes que de jours dans l’année, plus délicieuses les unes que les autres.
Je venais, sans le vouloir, de me faire une alliée précieuse.
Miguel ne dit rien, mais il appréciait. Il demanda quand nous allions commencer à travailler. Mon ami lui répondit qu’il allait commencer de suite à répertorier les problèmes à résoudre et que demain dimanche il commencerait les réparations.
Satisfait, il me donna les clefs du local attenant au garage qui contenait les pièces détachées et un outillage spectaculaire en partant, il ajouta :
Ne vous éloignez pas de la zone du village. Il y a des hommes que vous croiserez, ils sont armés, mais vous n’avez rien à craindre. Ils n’ont rien à vous demander, vous n’avez rien à leur dire.
Un de mes hommes vous assistera sous le hangar, si vous avez besoin de quelque chose, dîtes le lui, il m’en fera part.
Je suis sûr que tout va bien se passer.
(que voulez-vous que je vous dise, je croyais terminer aujourd’hui, mais je me laisse aller à vous conter plus de choses que je ne le croyais) A suivre.

18 mai 2006 at 12:14
Toujours aussi passionnant ! Mmm j’aurais bien envie de quelques recettes de soupe, maintenant que tu m’as mis l’eau à la bouche !
22 mai 2006 at 11:59
La suite! La suite!
Tu es vraiment talentueux Patrick, a quand un livre? C’est si rare et precieux les europeens qui connaissent l’Amerique Latine.