L’opposition accuse Nestor Kirchner de prendre la justice en otage

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Lundi 27 février 2006 - 19:14

Le Monde.fr : L’opposition accuse Nestor Kirchner de prendre la justice en otage
Après des débats houleux, la Chambre des députés a adopté, jeudi 23 février, la réforme du Conseil de la magistrature proposée par le président Nestor Kirchner (péroniste), déjà votée par le Sénat, en décembre 2005, sous l’impulsion de Cristina Fernandez de Kirchner, épouse du chef de l’Etat et sénatrice de la province de Buenos Aires.

La réforme réduit de 20 à 13 le nombre de conseillers tout en maintenant à 5 le nombre de représentants du gouvernement. Comme la désignation ou la révocation d’un juge requiert l’approbation des deux tiers du Conseil, l’aval de l’exécutif devient indispensable. L’opposition dénonce la “tentation hégémonique” du président Kirchner.

“C’est une réforme totalement inconstitutionnelle, car la Constitution établit qu’il doit y avoir un équilibre entre les différents secteurs qui composent le Conseil de la magistrature”, affirme le juriste Daniel Sabsay. “C’est un grand risque pour l’indépendance de la justice : les juges sont désormais les otages du pouvoir en place”, ajoute-t-il.

Le quotidien d’opposition La Nacion révèle comment M. Kirchner a obtenu les votes de péronistes n’appartenant pas à la coalition au pouvoir et de législateurs de provinces gouvernées par l’opposition. Selon un haut fonctionnaire du palais présidentiel cité dans l’édition du 23 février, le gouvernement a promis en échange un “soutien financier” aux responsables des municipalités ou des provinces. A San Luis, l’exécutif s’est engagé à rendre au gouvernement provincial l’argent qui avait été bloqué après l’effondrement financier de 2001, soit 1 milliard de pesos. Les poursuites pour enrichissement illicite contre la famille Rodriguez Saa, qui gouverne San Luis, seraient abandonnées.

L’éditorialiste Joaquin Morales Sola dénonce un “recul institutionnel”, en citant un autre exemple : la nomination de Luis D’Elia, leader des “piqueteros”, ces pauvres et chômeurs qui coupent les routes, comme fonctionnaire du gouvernement. Allié inconditionnel du président Kirchner, M. D’Elia est poursuivi par la justice pour avoir attaqué un commissariat, en protestation contre la mort d’un militant.
Christine Legrand

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