Méthode libanaise

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Samedi 27 janvier 2007 - 10:44

J’étais venu à Paris pour le rencontrer, après des mois de négociations par courrier et téléphone. Nous allions faire affaire, nous le savions et il venait de m’inviter à déjeuner dans un restaurant libanais dont je ne me souviens plus du nom.
Le meilleur, m’avait-il dit. C’était un habitué, on nous avait servi plein de petits plats sans qu’il ait eu besoin de demander quoi que ce soit et sans consulter le menu.
Nous étions à présent dans son salon, une centaine mètres carrés dans le meilleur coin de Paris. L’appartement avait l’air immense.
Nous discutions du prix du marché, avec des aller et retour sur différents sujets. Sur sa vie privée, sur la culture libanaise, sur l’Équateur.
Il était amoureux, de sa dernière femme, ou sa dernière maîtresse. Il venait de passer un week-end à la campagne, avec elle. Ils avaient vu un vieux moulin à eau sur la route qui pressait des parchemins. Elle lui avait acheté un poème, il allait me le lire :

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s’ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.

Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous nous croirons encor de jeunes amoureux ;
Et je te sourirai tout en branlant la tête,
Et nous ferons un couple adorable de vieux.

Nous nous regarderons assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.
[…]

Je souriais, le félicitait pour la manière avec laquelle il avait lu cette petite merveille.
L’oeil encore humide, il prit une feuille de papier, y inscrivit un chiffre.
— Mon dernier prix.
C’était un peu moins de ce que je voulais, il le savait, un peu plus que sa dernière offre. Mais c’était quand même une bonne affaire.
J’acquiesçai.
— C’est bien, me dit-il, je n’aurais pas aimé faire affaire avec une personne qui ne sache pas apprécier à sa juste valeur la poésie.
Salaud, pensais-je.

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3 commentaires pour “Méthode libanaise”

  1. Perky a dit:

    Excellent !

  2. Blue_Ice a dit:

    Souvenirs de lycée : on l’avait étudié dans notre “Lagarde et Michard”. Il s’agit de Rosemonde Gérard, filleule de Leconte de Lisle, épouse d’Edmond Rostand (Cyrano de Bergerac). Sa vie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Rosemonde_Gérard .

    Son poème s’intitule “L’éternelle Chanson” ou “Le dernier rendez-vous”. Version intégrale ici : http://217.136.240.230/rosemonde/eternelle.htm

    Oui, le salaud t’a bien eu !

  3. rania keirouz a dit:

    je cherchais des familles keirouz en argentine qui sont des proches de nous pour contacter

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