Non, je ne vous parlerai pas de Castro

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Mais de Carlos Julio Arosemena Monroy. Pour la majorité d’entre vous, ce personnage extraordinaire est inconnu.
Issu d’une famille de banquiers et de propriétaires terriens de la région de Guayaquil en équateur il fut Président du pays entre novembre 1961 et juillet 1963. Son père, Carlos Julio Arosemena Tola, avait été lui aussi président. Ce furent des hommes honnêtes.
Mon Carlos Julio à moi fut déposé par un coup d’État militaire pour avoir eu la mauvaise idée de soutenir Fidel Castro à une époque ou cela ne se faisait pas et avoir accuser par la même occasion les États-Unis de vouloir asservir l’Équateur. Cela n’a pas duré très longtemps, c’est aux cris de Oui au Christ Roi et non à Castro que le film du début de sa fin commença.
Curieux de voir comme l’Église catholique en Amérique latine a toujours été le bras fidèle et efficace de la CIA.
Exilé un temps à Panama il revint assez rapidement au pays ou il continua ses activités politiques pour le parti qu’il avait créé le Parti National Révolutionnaire.
C’est lorsque je le vis pour la première fois tirer au revolver sur un député qui avait eu la mauvaise idée de l’insulter que le désir que j’avais de le rencontrer se fit plus fort.
Le pauvre homme passa de la vie à trépas, mais on décida qu’il y avait certainement légitime défense, non pas que le défunt fut lui aussi armé, mais il semblait bien qu’un geste de sa main vers sa poche intérieure eût certainement pu induire en erreur notre héros national.
Cela mit quand même fin à sa longue carrière politique.
Il faut dire que ce jour-là, comme tous les autres de sa vie, il aurait certainement fait sauter un alcoomètre dès le petit déjeuner. Il avait deux défauts Carlos Julio, l’alcool et les femmes. Des défauts d’homme, disait-il régulièrement à ses détracteurs !
De longs mois après, quand je pus enfin le rencontrer, il m’expliqua que cela faisait longtemps qu’il ne buvait plus… que de la vodka.
Et il entreprit de m’expliquer pourquoi.
Un jour qu’il était à New York, à l’hôtel Pierre, il devait se rendre le lendemain à l’ONU et avait décidé dans la nuit de vider toutes les bouteilles d’alcool de la suite qu’il occupait. Il les avait placées sur le marbre de la cheminée et tout d’un coup toutes les étiquettes se mirent à danser devant lui et se transformèrent en têtes de mort.
Il fit un grave coma éthylique cette nuit-là et se promit de ne plus boire de ces alcools. Heureusement pour lui, nous étions en pleine guerre froide et la vodka était interdite d’importation.
Il avait déjà, lors de sa présidence, failli être destitué pour avoir reçu le Président Chilien au palais présidentiel dans un état qui l’empêchait pratiquement de se tenir debout. Il me confia même que ceux qui l’accusaient de s’être pissé dessus lors d’une autre réception étaient des menteurs, ou bien alors il ne se souvenait plus.
Tout cela se passait au Club de l’Union à Guayaquil dont il me fit membre lors de notre troisième rencontre, fait du Prince, mais pour deux ans seulement. Le Club de la Union était, à cette époque, un endroit très fermé et réservé aux 100 familles considérées comme ayant donné naissance à la Ville. On y mangeait remarquablement au prix coutant, un peu moins cher en fait, les vins de bordeaux y étaient excellents. J’ai surpris bien des clients en les y invitant par la suite.
C’est là qu’un jour, il me confirma dans un rire cette histoire qui courrait dans tout le pays, alors qu’il déjeunait tranquillement avec deux prostituées de sa connaissance, une table de vieilles rombières interpella le maître d’hôtel :
— Dites-moi mon brave, quelles sont ces deux personnes de réputation douteuse qui déjeunent avec le Docteur Arosemena ?
— Mesdames, répliqua-t-il, les seules personnes de réputation douteuse présentes ici c’est vous. Je ne vous connais pas. Quant à ces demoiselles, ce sont des putes, il n’y a aucun doute possible.
Voilà pour situer un peu le personnage. Il fut quand même à l’origine d’une réforme fiscale importante, de l’impôt sur les successions, du début de la réforme agraire et fit construire deux universités à Guayaquil, l’une laïque et l’autre catholique.
Mais revenons à Castro. Il avait soutenu le régime dans les années 60 et nous étions au milieu des années 80. Je voulais connaître son point de vue.
Comme nous en étions depuis longtemps au tutoiement :
— tu vois Patrick, à cette époque Castro il nous a rendu notre honneur. L’Europe, après la Seconde Guerre mondiale, a totalement délaissé l’Amérique du Sud. Les États-Unis ont exercé une véritable emprise coloniale, un véritable étau sur nos pays. Aujourd’hui, je suis triste pour le peuple cubain, mais on ne peut pas en vouloir seulement à Castro. De toute façon, il est des nôtres. Les gringos, non.
D’une manière ou d’une autre, sous cette forme ou sous une autre, j’ai souvent, lorsque la franchise est au rendez-vous, écouté le même refrain.
Carlos Julio est mort en 2004 à Guayaquil à 84 ans.
Et pour Cuba, rien à espérer avant la mort de Fidel.

Un commentaire pour “Non, je ne vous parlerai pas de Castro”

  1. Fidel Castro et le péronisme sur Argentine au jour le jour a dit:

    [...] a attiré mon attention cette fin de semaine. Il complète à merveille ce que je vous disais sur Carlos Julio Arosemena dans un de mes derniers billets. Avant de se tourner vers le communisme, Fidel Castro était un [...]

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