Où va de temps en temps se perdre un certain orgueil national
672 lecturesJe me suis souvenu de cette anecdote ce matin sous la douche. Elle est assez représentative d’une certaine catégorie de la population qui, bien avant ses origines argentines, met toujours en avant celles de leurs lointains ancêtres.
Elle m’est restée longtemps gravée dans l’esprit et puis ce matin, allez savoir pourquoi, elle a réapparu et m’a fait sourire.
Je travaillais à cette époque avec deux collaboratrices, vu la nature du travail qui n’était pas continu, elles changeaient assez souvent. Une sorte d’intérim.
Cette semaine-là, j’avais deux charmantes argentines pour m’aider dans ma tâche. L’une était blonde, petite, maigrelette, un peu fanée comme il arrive de temps en temps, comme une ébauche pas vraiment finie, une croissance qui s’est soudainement arrêtée.
Elle avait une pêche d’enfer et portait fièrement, la tête haute, ce corps malingre, attirant le regard, toujours une réflexion à portée de la bouche, souvent des plus banales qui laissaient croire à l’existence d’un esprit vif et acéré.
L’autre était brune, des cheveux noirs et brillants sur une peau légèrement cuivrée. Elle était grande, bien formée, avait un visage fin et racé, mais une tristesse infinie se dégageait de sa personne et empêchait sa nature profonde de mettre à jour une intelligence qu’il nous fallut plusieurs jours pour découvrir.
Bref, notre brune était dix fois plus belle et intelligente que notre pétulante blonde, mais traînait avec elle une indicible tristesse qui la rendait fade et transparente.
Quelques jours après, je pris à part la première et lui demandais ce que sa collègue avait comme problème, s’il y avait quelque chose à faire pour la rendre plus heureuse dans son travail. Je n’aurais pas entrepris cette démarche si elles n’avaient pas été amies depuis longtemps.
— C’est assez clair, me dit-elle !
Je dus lui avouer que non, c’était loin d’être clair pour moi.
— Elle est brune, elle n’est pas blonde.
Puis me regardant avec un sourire qui me glaça :
Vous autres, les européens, vous ne pouvez pas comprendre.
J’ai compris depuis longtemps aujourd’hui et c’est sans doute la raison pour laquelle je suis toujours mal à l’aise quand, dès la première présentation, avant même que nous ayons abordé une quelconque conversation on tient à me préciser, Argentin, de telle origine du côté de ma mère et de telle autre du côté de mon père.
Cela me rend triste, car comme disait déjà Ortega y Gasset en 1929 :
« Celui qui sait éluder les trompe-l’œil psychologiques se demandera avec impatience comment il se fait que dans le peuple aux puissants ressorts historiques qui existe aujourd’hui, ne se soit pas trouvé une minorité énergique qui suscite une nouvelle morale dans la société, rappelle l’Argentin à lui-même, à son intimité et à sa sincérité effectives, tempère avec rigueur son narcissisme, se montre intraitable pour tout ce qui n’est que façade ou papier et le force à vivre véritablement, à couler de source, à jaillir de sa richesse intérieure, au lieu de se maintenir dans une perpétuelle désertion de lui-même. Le jour où une telle minorité enseignera à cet homme à accepter profondément son destin individuel, à exister formellement et non en gesticulation et en représentation dans un rôle imaginaire, l’Argentine s’élèvera de façon presque automatique dans la hiérarchie des plus hautes qualités historiques. Car l’homme de La Plata est l’un des mieux doués qui se puisse trouver. »

28 mai 2007 at 14:45
Dans l’imaginaire brésilien, c’est plutôt la mulâtresse qui a la cote. Parce que supposée incarner le meilleur de l’Europe et de l’Afrique.
28 mai 2007 at 16:35
J’ignorais cet aspect de la culture argentine; triste. Merci encore pour cette nouvelle découverte.
28 mai 2007 at 16:40
Il ne s’agit pas de généraliser, mais c’est assez typique d’une partie de la société
29 mai 2007 at 7:33
le commerce de l’eau oxygenée a encore de beaux jours devant lui
29 mai 2007 at 9:29
Peut être mais hier, à l’élection de miss univers les européennes se sont faire sortir très vite … les Latines étant largement plus présente!!!
30 mai 2007 at 11:52
La rivalité “rubia versus morocha argentina” est bien réelle mais elle n’a rien d’original; cette rivalité se retrouve dans n’importe quel pays occidental où la blondeur reste un atout féminin indéniable: toutes les stars hollywoodiennes sont oxygénées et il a bien fallu que Brigitte Bardot se teinte les cheveux en blond pour qu’elle devienne un sex-symbol! Si vous voulez y voir un trait de racisme à l’argentine, c’est vrai, pourquoi pas, mais pas particuliérement différent de ce qu’on retrouve ailleurs…
30 mai 2007 at 12:22
D’accord Victor, cette anecdote était seulement destinée à amener le reste du billet. Je ne parle d’ailleurs pas de racisme…
30 mai 2007 at 12:58
Mais moi j’en parle car il est présent dans nos sociétés et l’Argentine n’est pas un cas isolé; on méprise tout ce qui est autochtone et on survalorise l’héritage européen. C’est aussi vrai en Argentine qu’ici au Québec. La quête d’identité nationale se fait au dépend des minorités indigènes et le métissage culturel n’est pas valorisé, du moins dans les pays à forte immigration européenne.
30 mai 2007 at 18:27
Moi je savais pour l’Argentine car mon neveu a épousé une argentine et vit à Madrid et mon autre neveu vit en Argentine et fréquente beaucoup de dames argentines…. J’ai connu un brésilien bien blanc qui s’étonnait qu’il y ait une psychiatre noire là où il se trouvait pour quelques jours dans le Sud de la France…. Victor Tiravanti a raison, nous avons la passion des couleurs…. de peau et de la morphologie !
Quant aux actrices hollywoodiennes, ne pas oublier les morenas, Gene Tiernay (Mme Muir et son fantôme) Elizabeth Taylor, Natalie Wood, Sofia Loren, Gina Lollobridgida, Claudia Cardinale, Juliette Binoche, Penelope Cruz, Isabelle Adjani, Sophie Marceau….. bon, j’arrête ?
J’ajoute que - depuis que j’ai les cheveux couleur de la lune d’argent - on me regarde beaucoup, on me sourit, on me dit que j’ai de beaux cheveux. Quand j’étais brune et jeune, on me draguait c’est tout ! Les cheveux clairs prennent bien la lumière et se font plus remarquer que les cheveux sombres….
Buenas noches, amigos
31 mai 2007 at 6:04
tout est histoire de gout !
je suis brune, et pour rien au monde je ne changerais pour du blond !
et les hommes me regardent ….
31 mai 2007 at 6:38
Patrick, excuse-moi de changer de sujet mais je viens d’apprendre que Jean-Claude Brialy est mort hier soir “des suites d’une longue maladie”…. je l’aimais beaucoup - il faisait partie du paysage culturel de la France. Il savait raconter des histoires sur toutes les vedettes, artistes, célébrités,…. qu’il avait cotoyés tout au long de sa vie et je suis triste que cet ex-jeune-premier (brun devenu blanc neige) soit mort à 74 ans ! Entre les blondes et les brunes, entre le soleil et la lune, il est parti Jean-Claude Brialy… Adieu l’artiste
1 juin 2007 at 10:21
Un article qui tombe à pic
http://www.alterinfos.org/spip.php?article1131