Payés au noir, oui, mais
336 lecturesUn des problèmes de l’économie argentine est qu’aujourd’hui encore on considère que 50% des salariés sont payés au noir. On pourrait penser que cet état de choses est seulement le fait des entreprises privées. Non le secteur public utilise les mêmes moyens que les petits commerçants pour boucler ses fins de mois.
Pas facile de convaincre certains secteurs de l’économie de faire des efforts quand on n’a pas soi-même les fesses propres.
En fait, le pourcentage est certainement supérieur à ce chiffre si on doit tenir compte des paiements partiels au noir. Je vous explique. Je déclare 500 pesos, mais j’en paye 1500. 500 sont déclarés au fisc, sont assujettis aux cotisations sociales et le reste est au noir.
Là où le système devient pervers, c’est dans l’administration où cette méthode est employée d’une manière pratiquement systématique. Mais avec des conséquences désastreuses sur les comptes publics.
Voilà comment les choses se passent. Les paiements se font avec des reçus en double exemplaires. Pourquoi en double exemplaire ? Il ne viendrait jamais à l’idée d’un employeur de payer au noir et de laisser une preuve de son forfait à son employé ?
Dans l’administration si, et c’est la raison pour laquelle tout le système perdure, et qu’on ne vous en parlera jamais.
Comment les choses fonctionnent ? Au moment de prendre sa retraite, un peu avant si on est prévoyant et bien renseigné, on charge un cabinet d’avocat, recommandé bien entendu par cette même administration qui vous a payé (il n’y a pas de petits profits), d’attaquer l’Etat pour lui réclamer le complément de retraite auquel vous avez droit compte tenu du salaire réel que vous avez reçu. Vous en avez la preuve, votre employeur vous l’a donné chaque mois. Cela figure sur le double du reçu.
Cela fait en groupe et par tranche. Il faut diviser les frais de justice et d’avocat et donner à ces derniers de quoi vivre et ester jusqu’à la fin de leurs jours, sans faire de bruit, sans aller au fond, et dans la plus grande discrètion possible.
Une fois le procès gagné, l’état vous règle, des mois et bien souvent des années après en bon du Trésor qu’il vous faudra négocier et le banquier, bon élève, retirera scrupuleusement les 10 % destinés aux avocats.
Ce sont souvent les ayant droits qui sont bénéficiaires de ce complément, faut pas rêver, c’est long et comme on y va généralement par période de 5 ans il y a longtemps que le retraité est mort quand parviennent les derniers paiements.
Alors me direz-vous, l’employeur est-il condamné au paiement des charges sociales qu’il n’a pas payé, le bénéficiaire doit-il payer le complément de cotisation qu’il aurait dû payer, sans parler des impôts sur le revenu ?
Que nenni mon bon.
Et comment je sais cela ? Parce que ma petite chérie reçoit ainsi tous les ans ou tous les deux ans les compléments de retraite de son père qui est mort depuis bientôt 10 ans et que son frère, dans la même situation et toujours actif, conserve précieusement ses reçus de paiement afin de lui aussi réclamer son dû le jour de sa retraite, confiant, qu’à ce moment le système de retraite par répartition que propose aujourd’hui le gouvernement aux salariés du privé sera bénéficiaire et qu’il n’aura pas à attendre aussi longtemps.
Plus d’un million de personnes ont transféré à l’Etat ces derniers mois ce qu’ils avaient cotisé dans le système privé par capitalisation. Il est vrai qu’après avoir été dépouillés par la renégociation des bons du Trésor qu’on les avait obligés à acheter ces compagnies ne font pas bonne figure. Et puis il vaut mieux avoir à faire au saigneur (non, non je n’ai pas fait de faute) qu’à ses saints.
Cette époque moderne me ravit, le bétail va tout seul à l’abattoir aujourd’hui.

19 juillet 2007 at 8:52
J’avais un ami qui a essayé de me vendre des Bocons (ce sont des bons de l’état) il y a deux ans. Je n’avais pas compris ses explications, comme si il me cachait un truc, tout s’éclaire.
19 juillet 2007 at 11:58
Pas toute l’administracion mais presque en particulier les militaires, c’es vrai
20 juillet 2007 at 19:26
“Parce que ma petite chérie reçoit ainsi tous les ans ou tous les deux ans les compléments de retraite…” oh le VEINARD

Fallait bien que quelqu’un le dise