J’ai eu l’occasion de recueillir en Équateur des réfugiés chiliens (2) et argentins (3). Je leur ai donné du travail et les aidés ainsi à obtenir leurs papiers de résidents. J’ai aussi eu brièvement un réfugié cubain, que venait-il faire ici aussi le pauvre homme.
Bref, les dictatures, quelles que soient leurs origines, ont été la plaie de l’Amérique latine.
Curieux de voir que Pinochet est pour l’Europe l’icône principale de ce genre d’anomalies politiques.
Si je compare l’Argentine au Chili, on ne va pas parler du reste, pas envie de me faire tuer ce soir, les chiffres sont éloquents :
2000 morts au Chili pour 14 millions d’habitants
30.000 morts en Argentine pour un peu plus du double et une dictature plus courte.
On ne va pas faire un concours, l’obscénité est là et un seul mort suffirait à la montrer.
Contrairement au Chili, l’Argentine a toujours été défendue par l’Union Soviétique, jamais critiquée durant cette période. Les exportations de viande vers ce pays doivent certainement y être pour quelque chose. Peut-être aussi la différence entre le nombre des victimes ?
Le confort du ventre, on peut le comprendre après tout.
Mais le confort des idées reçues me navre profondément, comme s’il y avait les mauvais dictateurs de droite et les bons dictateurs de gauche.
Je ne suis pas sûr que cela nourrisse réellement l’esprit.
On sabrera le champagne pour l’un et on fera son deuil pour l’autre.
Tous les bigots ne sont pas là où on le croit.
Ce qui n’empèche pas d’écouter cela :








on déc 10th, 2006 at 20:02
Je pense que la différence qui se dévoile aujourd’hui à la mort de Pinochet est avant tout une question d’image. Je ne parle pas de la différence entre les dictatures, mais entre le point de vue du reste du monde sur ces dictatures. Pinochet *représente* la dictature chilienne. Sa seule personne concentre tous le mal qui a été fait, comme Franco, Mussolini ou Stroessner. La dictature en Argentine, à mon avis, n’avait pas de visage, c’était une junte militaire plus ou moins anonyme, un peu comme en Birmanie. Le jour où Videla mourra (à moins qu’il ne soit déjà mort, et dans ce cas mon ignorance de ce fait va dans mon sens), ça fera une demi-ligne dans les journaux européens, parce qu’on a du mal à associer la dictature argentine à une personne précise.
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on déc 10th, 2006 at 20:10
Quant à l’hypocrisie des gouvernements qui ont l’indignation et la critique sélective contre les dictatures, en fonction de leurs intérêts économiques, politiques ou stratégiques, c’est une constante de l’Histoire, malheureusement. Voir la France ou les USA pour d’innombrables exemples.
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on déc 11th, 2006 at 1:54
L’Argentine “nourrissait” à la fois l’URSS et Israël, allié des USA.
c’est peut-être de là que vient ce silence général et l’absence de tout commentaire par le reste du monde.
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on déc 11th, 2006 at 8:55
Mention spéciale à la France qui a généreusement délégué deux officiers en Argentine pour enseigner aux militaires la méthode “à la française” appliquée en Algérie.
Qui a parlé d’hypocrisie ?
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on déc 11th, 2006 at 9:06
Sans oublier La Cité Catholique
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on déc 11th, 2006 at 14:50
J’ai entendu tout à l’heure sur France Inter, radio nationale mais pas neutre politiquement moult manifestations de joie de la mort du dictateur chilien Augusto Pinochet. Je suppose bien entendu qu’on aura les mêmes réjouissances à l’annonce de la mort du dictateur cubain Fidel Castro…
Vous pensez comme moi qu’il n’en sera rien et que l’on trouvera mille exuses au régime castriste ?
On peut prendre les paris, mais force est de constater que jusqu’à présent pour fusiller, torturer, détenir arbitrairement, il vaut mieux être étiqueté “communiste” à tout le moins “de gauche”. On a droit à beaucoup plus d’indulgence…
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on déc 11th, 2006 at 15:33
Bien sûr, mais d’un autre côté, la presse anticastriste a toujours été d’une nullité profonde, chargée de haine et d’exaltation de telle sorte qu’il était bien difficile de la lire sans avoir envie de prendre le point de vue inverse.
Pas très facile quand les images d’Épinal se substituent à la réalité, que l’on forge des héros qui n’en sont pas avec grande intelligence d’un côté et que de l’autre on veut déboulonner leurs statues avec peu d’esprit et de la mauvaise foi.
L’histoire reconnaîtra en prenant son temps les erreurs des uns et des autres, une dictature d’un coté, sanguinaire certes, et de l’autre une profonde volonté de ne pas lui donner la moindre occasion de s’en repentir normalement, de créer cet abcès de fixation et de le maintenir ainsi pour faire un exemple de ce qui ne doit pas être fait.
Pour toutes ces raisons, il y aura dans quelques semaines des explosions de joie à Miami, des regards qui se tourneront ailleurs autre part et que je pourrais encore écrire, de la même manière que les bigots ne se trouvent pas là ou je pensais les voir.
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on déc 12th, 2006 at 4:28
Une autre raison du fait que Pinochet est le plus grand symbole (en Europe) des dictatures sud-américaines (en plus de l’explication de Guillermito) est qu’il est arrivé au pouvoir en renversant un leader de gauche démocratiquement élu, et restant visiblement sur une voie démocratique.
Alors que je ne pense pas que l’on puisse dire que l’Argentine avant l’arrivée de la junte était une démocratie fonctionnant bien.
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on déc 12th, 2006 at 4:57
Oui je suis tout à fait d’accord sur la “qualité” des milieux “anti-castristes”. Pour avoir pas mal discuté avec des cubains (à Cuba et en Floride) j’ai senti, chez les anciens, combien était pesant le régime de Batista et que pour beaucoup quitter la peste pour revenir au choléra n’était pas une alternative réjouissante.
Mais les jugements européens sur Cuba sont rarement basés sur une observation du terrain, simplement dictés par l’imagerie sainte castriste.
A propos (Patrick j’utilise sans vergogne votre blog pour un appel personnel) un lecteur de ce blog se souviendrait-il d’un jeu de société comercialisé un temps par un grec original qui tenait boutique à Paris près des éditions José Corti dans le quartier latin ? Il avait inventé un jeu politique compliqué plein de trahisons où l’on se protégeait par des cadavres qui rendaient intouchables. Cela m’avait toujours semblé une métaphore du régime castriste avec un Fidel quasi invisible et des Saints (Camilo, le Che) morts à propos et mis en avant partout. J’aimerais bien retrouver ce jeu.
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on déc 12th, 2006 at 6:20
Yéti, non, Pinochet a été le premier d’une longue série dans la région, c’est la principale raison
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on déc 12th, 2006 at 7:47
Il est dit dans l’article wikipedia sur Pinochet qu’Allende avait ete destitue par le parlement. Je ne l’ai jamais entendu avant. Est-ce vrai? Etait-ce une procedure constitutionnelle?
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on déc 12th, 2006 at 7:50
C’est à nuancer, celà correspond à une motion de censure, plus ou moins, mais il et passé outre
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on déc 12th, 2006 at 14:42
Juste pour info, le celebre Mengistu d’Ethiopie a ete reconnu coupable de genocide…au moins un qui risque de ne pas terminer ses vieux jours libre et sans etre inquiete par la justice…L’afrique aussi a une facheuse tendance a promouvoir un paquet de dictateurs…meme de nos jours…Mugabe & co
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3212,36-844932@51-844581,0.html
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