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Pour comprendre la classe dirigeante et politique argentine

peronSous le premier gouvernement de Juan Perón, mais aussi sous les régimes qui l´ont suivi – Ignacio Klich, qui préside le comité académique de la Ceana, parle à ce propos d´une «connivence sociale qui a duré bien au-delà de la chute de Perón » —, l´Argentine a toujours été le sanctuaire, l´ultime refuge des nazis ayant fui l’Europe. Accueillis par une communauté allemande déjà puissante à la fin de la Première Guerre mondiale, aimablement reçus par un régime péroniste influencé par les fascismes européens, aussi antiaméricain qu´il était anticommuniste, les fugitifs du IIIe Reich ont souvent recréé ici des villages à l´image de leurs Heimat natals. Ils se sont installés dans le nord de l’Argentine, non loin des frontières avec le Paraguay et l’Uruguay, dans la région de Cordoba, où vivaient déjà de nombreux marins du Graf Spee, un navire de guerre allemand qui s´était sabordé en décembre 1939 dans l´embouchure du Rio de la Plata, ou bien vers Mendoza, au pied de la cordillère des Andes, près de la frontière avec le Chili. Beaucoup d´entre eux ont particulièrement apprécié San Carlos de Bariloche, sur les contreforts andins, au bord d’un lac, un lieu de villégiature qui rappelle, avec ses chalets, ses montagnes et ses eaux claires, un joli coin de Bavière. C´est ici, en 1954, que s´était établi Erich Priebke, responsable du massacre de la fosse Ardéatine, au nord de Rome, où 335 civils furent tués en 1944 en représailles d´un attentat contre des soldats allemands par des partisans italiens. Comme le raconte Jorge Camarasa dans son livre Odessa al Sur (éd. Planeta), il put, dans les rues de Bariloche, croiser Josef Mengele ou Adolf Eichmann, qui y vint parfois en vacances.hitler L´ancien pilote de la Luftwaffe Hans Ulrich Rudel participait aux tournois de ski du Club andino. Le financier Ludwig Freude, ami de Peron, y avait une maison. Friedrich Lantschner, ancien gouverneur nazi du Tyrol autrichien, y fonda une entreprise de construction. Vivaient également à Bariloche un ancien agent des services de l´armée allemande, Juan Maler, le banquier nazi Carlos Fuldner, d´anciens responsables de la Gestapo ou des SS comme Max Naumann, Ernst Hamann ou Winfried Schroppe. Tout ce beau monde buvait chaque soir de la bière au Deutsche Klub et fêtait, tous les 20 avril, l´anniversaire d’Adolf Hitler au dernier étage de l´hôtel Colonial.
Combien furent-ils à venir dans ce pays après la guerre ? Personne ne le sait encore précisément. «Des nazis, des collaborateurs ? Des milliers. Des criminels de guerre ? Quelques dizaines », estime Sergio Widder. L’historien allemand Holger Meding, chercheur à l´université de Cologne, qui a travaillé sur les archives argentines, allemandes et autrichiennes et a publié, en 1993, un livre sur le sujet (Flucht vor Nürnberg? Deutsche und Oesterreichische Einwanderung in Argentinien, 1945-1955, éd. Boehlau Verlag, Cologne), estime qu´environ 80 000 Allemands et Autrichiens sont entrés au cours des dix années de l’après-guerre en Argentine, et que 19 000 s’y sont établis définitivement. Entre 3 000 et 8 000 d’entre eux ont fui l´Europe en raison de leur association avec le nazisme et 50 seraient des criminels de guerre. Camarasa, dans son livre, cite un autre chercheur, John Loftus, qui donne des chiffres légèrement inférieurs : environ 60 000 immigrés, allemands, autrichiens et croates, pour la plupart, seraient, selon lui, arrivés en Argentine entre 1945 et 1950. La moitié aurait présenté des documents en règle et l´autre, de faux papiers. Face aux immigrants d´origine germanique, l´historien Cristian Buchrucker, de l´université de Cuyo, dans la province de Mendoza, identifie un « groupe latin », composé de collaborateurs français, de rexistes belges et de fascistes italiens. Moins nombreux, mais souvent plus intellectuels et plus urbains que les exilés allemands, moins handicapés aussi par la barrière de la langue, ils eurent sans doute une plus grande influence qu’eux sur la société argentine. Ils pénétrèrent plus facilement le monde universitaire et publièrent articles et revues en castillan, diffusant ainsi leurs idées d´un « ordre nouvelles » dont la version la plus atténuée était un « conservatisme autoritaire » fortement teinté d´intégrisme catholique. Leurs principaux représentants furent Carlo Scorza, secrétaire général du Parti fasciste italien en 1943, l´universitaire français Jacques de Mahieu, ancien combattant de la division Charlemagne, mort à Buenos Aires en 1990, le rexiste Pierre Daye, Henri Lebre, qui collabora à la revue vichyste Je suis partout, et Alberto Falcionelli, lui aussi journaliste et représentant de l´office d´information du régime de Vichy à Madrid.

Source texte: l’Express Extrait de l’article du 09/04/1998

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1 Commentaire pour “Pour comprendre la classe dirigeante et politique argentine”

  1. #1 Argentine au jour le jour » 640 ans de prison pour Aldolfo Scilingo en Espagne
    on avr 19th, 2005 at 9:50

    [...] cette génération et cela vient certainement de l´admiration que portait le Général Perón à Hitler… Quant à l´histoire de Scilingo, voir ici.

    [...]

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