Quand le consul d’Espagne fait l’apologie de la colonisation

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Vendredi 15 octobre 2004 - 10:41

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En soutenant publiquement que la civilisation importée par les conquistadors a été bénéfique à l’Amérique latine, un diplomate espagnol relance la polémique sur la colonisation du Nouveau Monde au détriment des peuples indigènes.

dia de la raza“Cela aurait été bien pire pour vous ou pour nous d’être sous le joug des civilisations incas, aztèques, mapuches, sioux ou apaches, qui ont été idéalisées par les historiens et les anthropologues, alors que leur système de castes et leur caractère impérialiste et sanguinaire sont bien connus.” Il n’y pas de doute, pour le diplomate espagnol Pablo Sánchez-Terán, la conquête des Amériques est un bienfait de la civilisation. Et Le consul d’Espagne à Córdoba, le grand centre économique du cœur de l’Argentine, n’a pas hésité à tenir ces propos le 12 octobre 2004, journée de commémoration de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Appelé Jour de la race, cet événement est fêté dans toute l’Amérique latine – sauf au Venezuela – et en Espagne.

“Cinq cent douze ans après la colonisation de l’Amérique par l’Espagne, Pablo Sánchez Terán a rouvert sous une forme dramatique les blessures des peuples indigènes”, note le journal de gauche argentin Página 12. Cela a provoqué “une tempête diplomatique”, souligne le Buenos Aires Herald. Des voix se sont élevées contre ces déclarations et ont demandé à l’Espagne de rappeler son consul, nommé par le gouvernement actuel. Interrogé par Página 12, le prix Nobel de la paix 1980, Adolfo Pérez Esquivel, estime qu’”il est nécessaire de se rappeler que les conquistadors ont massacré plus de 70 millions d’Indiens sur le continent américain”. Toujours dans le même quotidien de Buenos Aires, le directeur de l’Institut national argentin contre la discrimination (INADI), Enrique Oteiza, ajoute : “Il s’agit d’un commentaire raciste qui relève de l’ignorance.”

Pour sa part, “l’ambassade d’Espagne n’a réagi ni aux déclarations de son consul, ni aux appels à sa révocation, alors que le chef de l’Institut argentin des affaires indiennes, Jorge Rodríguez, préfère rester en marge du débat, qu’il qualifie de dispute entre ‘dirigeants chrétiens occidentaux’”, rapporte le Buenos Aires Herald. “Les Indiens ont d’autres problèmes”, souligne cet expert.

Mais il est difficile de croire que les choses resteront en l’état. D’après la Voz del Interior, quotidien de Córdoba, “ces déclarations ont ravivé la polémique sur les conséquences de la conquête de l’Amérique, une polémique qui avait été plutôt discrète ces derniers temps”. D’autre part, “le consul a été interviewé par les radios et les journaux de tout le pays et les agences internationales ont repris les déclarations qu’il a faites à notre journal”, ajoute la Voz del Interior.

“En ce qui concerne la possibilité d’une sanction ou d’une dénonciation pour discrimination, le directeur de l’INADI a déclaré qu”en tant que diplomate le consul bénéfici[ait] de l’immunité, et seuls les responsables de la chancellerie espagnole ont un pouvoir de décision”, note Página 12. Le directeur de l’INADI estime en outre que ces déclarations sont “clairement discriminatoires à l’égard d’une partie de la population argentine et que le fait de ne pas respecter l’identité culturelle de ces citoyens est une offense à tous les Argentins”. Le quotidien a demandé l’avis de trois historiens, qui déplorent les propos du consul espagnol. L’un qualifie ses déclarations d’”anachroniques et [d']antihistoriques”. Un autre affirme qu’”il y a eu un génocide” alors que le troisième estime que “l’Espagne ne devrait pas célébrer la journée du 12 octobre”.

Un avis que tout le monde ne partage pas. Dans la Voz del Interior, l’écrivain de Córdoba Cristina Bajo se refuse à tout manichéisme et affiche un point de vue nuancé : “Avec toutes les réserves nécessaires, la découverte de l’Amérique représente la naissance d’un nouveau monde. Ce fut la transposition d’une civilisation dans un continent vierge et la fin d’une civilisation indigène millénaire, déjà en décadence, éliminée par l’envahisseur, qui en a perçu les derniers éclats.” En d’autres termes, “les Incas furent des conquérants qui ont été conquis”.
Philippe Randrianarimanana

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