L’Argentine d’avant 1856 était un ensemble de provinces où les gauchos vivaient librement, faisant principalement de l’élevage de bétail dans les vastes territoires de la pampa.
Le gaucho peut rencontrer un payador sur son chemin. Le payador est souvent décrit par les historiens comme un mélange de troubadour et de journaliste itinérant qui parcourt la pampa avec sa guitare. Il va d’une estancia à l’autre en emportant les nouvelles du pays, qu’il improvise sous forme de longues complaintes sur un rythme de milonga s’il est très habile à la guitare, ou sur un rythme de cifra s’il n’a pas beaucoup de technique et s’il a besoin d’une forme plus libre pour raconter ses histoires.
Le payador a les mêmes goûts, les instincts, les passions du gaucho; il exprime ses idées, il traduit son opinion, il s’identifie complètement à lui. Il est le journaliste de la pampa, un journaliste libre et indépendant comme le gaucho.
Au début du siècle, le payador, homme libre qui ne fait pas de compromis politique, deviendra anarchiste avec José Betinoti, un ouvrier de Buenos Aires qui, durant toute sa courte vie, improvisera, mais aussi écrira sur des milongas des chansons que chantera Carlos Gardel.
Le payador aura été, pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, le témoin sceptique du progrès, de la mise sous tutelle du pays par les Britanniques, des mésaventures de milliers d’immigrants et de gauchos floués par l’histoire et par les grands propriétaires terriens. Le payador léguera au tango sa forme de chronique. Il en aura aussi fixé les grands thèmes: solitude de l’homme déraciné et sans paysage, amertume du laissé-pour-compte.

Paroles: Homero Manzi
Musique: Sebastián Piana
En el fondo de la noche
la barriada se entristece
cuando en la sombra se mece
el rumor de una canción.
Paisaje de barrio turbio
chapaleado por las chatas
que al son de cien serenatas
perfumó su corazón.
Mariposa de alas negras
volando en el callejón
al rumorear la bordona
junto a la paz del malvón.
Y al evocar en la noche
voces que el viento llevó,
van surgiendo del olvido
las mentas del payador
……………………
Estrofa de Betinoti
rezongando en las esquinas.
Tristezas de chamuchina
que jamás te olvidarán.
Angustias de novia ausente
y de madre abandonada
que se quedaron grabadas
en tu vals sentimental
Y la noche de los barrios
prolongó un canto de amor
animando tu recuerdo,
¡Betinoti, el Payador¡












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