Bien entendu cette histoire n’a jamais existé, ou bien ce n’était pas moi.
Le cessna déglingué venait d’atterrir sur une piste de fortune au beau milieu d’une plantation de cocotiers qui jouxtaient une plage déserte qui s’étendait sur des kilomètres. Pas moyen d’y accéder en jeep, en cette saison, m’avait-on dit.
Le pilote grogna quelque chose et pointa du doigt la direction que je devais suivre. Il venait de me taxer de 1000 dollars pour une demi-heure de vol. Il repasserait dans deux jours.
C’est ici que je devais voir J.H., leader communiste de cette Province abandonnée, député, mais qui pour avoir déclenché une grève générale sur ses terres électives préférait se mettre à l’abri d’une balle perdue.
Il représentait le communisme albanais m’avaient dit ses plus ou moins fidèles lieutenants avec lesquels j’avais négocié cet entretien de longues heures et dans des conditions frôlant parfois le film d’aventure de série B.
Le communisme albanais, je ne connaissais pas, je suis bien incapable aujourd’hui de vous dire s’il y avait réellement une différence avec le castrisme présent en Amérique latine. Le pays venait de sortir de la dictature militaire, il y avait encore des mots imprononçables. En fait, c’était comme un adventiste du 8e jour dans un pays ou l’adventisme du 7e est difficilement toléré.
Une mission de merde que j’avais acceptée, pensais-je en me demandant ce que j’allais faire pendant deux jours dans cet endroit.
La chaleur était étouffante, mais une légère brise qui venait de la mer me rafraîchissait le visage au fur et à mesure de mes pas.
Puis j’aperçus la cabane au bout du chemin. Elle était construite en bambou et sur pilotis. Un noir, immense et musclé comme un gladiateur, le torse nu, m’y attendait devant l’échelle qui donnait accès à une coursive extérieure qui faisait le tour de la construction.
C’était J.H. en personne, je l’avais déjà vu plusieurs fois aux infos.
— C’est toi Patrick ?
— C’est moi.
— Montons.
La pièce était fraîche, la brise marine s’y déplaçait entre les fins morceaux de bambou qui composaient ses murs. Une lumière diaphane éclairait une table avec quelques chaises et un lit, plutôt une paillasse dans un angle. On apercevait aussi une autre pièce qui devait servir de cuisine.
— C’est bien la première fois que je reçois une personne sans savoir de quoi il retourne, me dit-il.
Je sortis le dossier qu’on m’avait préparé. La Province avait acheté des tubes pour palier à la distribution d’eau potable et non potable, irrigation, etc. avec un prêt de la BID. La société qui avait gagné l’appel d’offres fournissait des tubes en amiante-ciment. Si à cette époque cela pouvait encore se justifier pour les eaux usées c’était quand même un autre problème pour ce qui était de la consommation humaine.
Il y avait toute la documentation nécessaire, les dernières études sur l’amiante, le tout en espagnol, de quoi avoir de la lecture pour deux bonnes heures.
Il commença à feuilleter le dossier, puis :
— Pourquoi tu ne profites pas de la plage, elle est à 50 mètres.
Je pris mon sac et sortis.
C’était féérique, plus de 30 km de plage, pas un chat, les cocotiers, pas de route et tout autour de cet îlot de verdure, le désert, un désert qui s’étendait petit à petit à cause des courants froids. Le Niño.
L’eau était fraîche, sans plus, un microclimat au milieu d’une catastrophe à venir.
À mon retour, je perçus des voix à l’intérieur de la cabane. Il n’était plus seul.
Avec ma peau qui résiste peu au soleil je fis rire les deux compères attablés devant mes documents. J’avais reconnu le second personnage, c’était son suppléant à la chambre des députés. L’intellectuel du binôme, l’un charismatique le second détenant les tables de la loi.
— Qu’est-ce que tu veux ? me demandèrent-ils.
— Profitez de la grève générale pour diffuser l’information, et faites détruire ces tubes.
Je n’en étais pas arrivé jusque-là pour donner dans la diplomatie et les sous-entendus. Après tout, c’était cela ma mission.
— Cela relancerait les motivations, dit le suppléant, après un moment de réflexion.
— Deux mois sans salaire c’est déjà trop, tu le sais.
J.H. avait raison, mais l’hameçon que je me devais de gober était lancé.
Pas mordre à la première sollicitation. Pas mordre…
Grand silence de ma part.
— Qui représentes-tu ?
— Pas très important, j’ai pour ma part terminé la première partie de ma mission qui était de vous informer.
— Et en quoi consiste la deuxième partie, nous vendre d’autres tubes ?
— Non, vous n’êtes pas des décideurs.
Un ange essaya de passer, mais entre moi et nos deux communistes l’espace était par trop réduit.
Tout doucement je commençai donc à leur expliquer que je n’étais pas venu pour les corrompre, que peu m’importait que ces tubes soient détruits si on n’expliquait pas aux intéressés pourquoi ils l’ont été. Que je n’avais rien à vendre même si ceux qui m’avaient confié cette mission étaient dans l’attente d’un autre appel d’offres.
Dans ces conditions, je pouvais effectivement leur donner un coup de main pour financer la poursuite de leur grève.
— Un whisky me demanda le suppléant ?
Il se leva et apporta deux verres. J.H. ne buvait pas.
Une fois le breuvage servi, j’ouvris mon sac et posais sur la table un paquet enveloppé de papier journal.
Je l’ouvris, il contenait 50.000 dollars, à l’époque c’était plus qu’une somme.
Cette fois-ci, l’ange arriva à passer, allez savoir pourquoi.
Après un long silence J.H. me dit :
— Tu sais ce qu’on dit, Patrick, on arrivera même à vous vendre la corde pour vous pendre.
— Je sais.
Puis tout le monde se mit à rire.
Les promesses non dites furent remplies à la lettre.
J.H et son suppléant trouvèrent la mort en 1999, une quinzaine d’années plus tard, alors qu’ils se rendaient à l’Assemblée nationale. Un tireur non encore identifié.








on nov 29th, 2007 at 14:56
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on nov 29th, 2007 at 15:02
[quote post="3424"]Profitez de la grève générale pour diffuser l’information, et faites détruire ces tubes.[/quote]
C’est clairement dit pourtant
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on nov 29th, 2007 at 15:08
oui mais en fait je pensais au reste du job. Des nouveaux tuyaux?
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on nov 29th, 2007 at 15:13
[quote post="3424"]— Et en quoi consiste la deuxième partie, nous vendre d’autres tubes ?
— Non, vous n’êtes pas des décideurs[/quote]
la encore c’est clair
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on nov 29th, 2007 at 15:16
oui … avec eux effectivement. Mais c’est pour ça que je demande et le reste de l’histoire?
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on nov 29th, 2007 at 15:26
le reste, petit curieux ! Non, non
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on nov 29th, 2007 at 15:30
c’est bien ce que je me disais … tu tournes autour du pot en feintant de ne pas comprendre mes questions … mais en fait t’es un petit cachottier!!!
une autre fois alors !
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on nov 29th, 2007 at 16:37
[quote post="3424"]c’était comme un adventiste du 8e jour dans un pays ou l’adventisme du 7e est difficilement toléré.[/quote]
ça, faut que je m’en souvienne !
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on nov 29th, 2007 at 18:47
et à quand la fin de l’histoire de Cabezón? Ou je l’ai ratée?
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on nov 29th, 2007 at 18:50
C’est vrai nacho il me reste un épisode, bientôt, promis
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on nov 29th, 2007 at 18:55
cool! Je l’attends avec impatience.
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on nov 30th, 2007 at 17:52
à la lecture ru “tube” j’ai eu tout de suite la même réaction que Nacho
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on nov 30th, 2007 at 17:53
ouh là là écrire sur Mac nuit à la lecture
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on déc 1st, 2007 at 22:27
Enorme.
COCO tendance Tyrana.
enorme..
Il faut vraiment qu’on cause de tout ça un jour…
Quel sacré loufiat que notre Parrain tout de même…
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