Venezuela, je me souviens
1 311 lecturesJe me souviens de ma première arrivée à Caracas, l’Aéroport, le personnel qui négociait pour vous le prix du taxi pour vous mener à l’hôtel. Il n’y a jamais de correspondances directes pour des vols intérieurs, ils partent tôt le matin et les vols internationaux s’éparpillent entre l’après-midi et la soirée.
Je me souviens de ces taxis qui coupaient l’air conditionné et vous demandaient un supplément pour le rebrancher.
Je me souviens de ces hôtels au bord de la mer, plus proches de l’aéroport que ceux de Caracas, moins chers et plus agréables pour y passer la nuit et attendre sa correspondance.
Je me souviens de leurs bars tristes malgré la luxuriante végétation et de ces quelques beautés locales qui hantaient ces endroits en quête d’une aventure tarifée.
Je me souviens de ce DC9 qui, pour atterrir à Santa Barbara de Zulia, près de Maracaibo, s’y reprenait généralement plusieurs fois, des passagers qui se signaient à chaque tentative et applaudissaient quand les roues touchaient le sol.
Je me souviens du revolver qu’on attachait à ma ceinture, au cas oú, à mon arrivée dans cette petite ville qui abritait la laiterie ou je vendais du matériel.
De l’aspect imposant du maître des lieux qui m’invitait à partager son dîner avec sa famille et ses proches dans une hacienda décorée comme un gâteau à la crème dans une mauvaise pâtisserie anglaise.
Je me souviens du cognac, qu’en mon honneur on servait à l’apéritif avec des glaçons dans un verre à bière en Cristal de bohème, de la colère du maître des lieux, lorsqu’il s’aperçut que la pauvre femme qui servait à table, pieds nus, avec sa dernière née, attachée sur le coté, n’avait pas encore reçu les boucles en or destinées à orner les oreilles du rejeton, comme pour toutes celles qui avaient eu le bonheur de naître chez lui.
Je me souviens de l’héritière, une réelle beauté tropicale, qui me rejoignait chaque soir à mon hôtel avec un pot de spermicide confectionné par une sorcière locale, mais dont l’usage n’était pas interdit par l’église.
Du regard de haine qu’avait pour moi le lendemain matin un jeune contremaître de l’hacienda.
Je me souviens que dans ce climat chaud, humide, près de la laiterie, les blattes étaient tellement grosses qu’elles servaient de cible pour s’entraîner au tir au revolver. Certaines étaient larges comme ma main et éclataient lorsqu’une balle les atteignait laissant sur le sol une gélatine jaunâtre entourée des restes de leurs carapaces.
Je me souviens aussi du personnel de mon hôtel qui m’avait bien recommandé de ne pas me lever de mon lit, le matin, pour passer dans la salle de bain avant qu’ils ne l’aient inspectée, des serpents se faufilaient pendant la nuit par les conduits d’eau usée.
Il y a 25 ans de cela, merde, qu’est-ce que ça passe vite.

2 mai 2006 at 10:18
L’Amérique du Sud, terre d’aventure, décidément !
(les blattes, les serpents et les beautés tropicales, tout cela a-t-il réellement disparu?)
2 mai 2006 at 10:22
Cela n’a pas disparu, que les aventuriers en herbe se rassurent !
2 mai 2006 at 13:18
Vous etes un peu dur quand meme,
car malgres des chaufeurs de taxi arnaqueur, un gouvernement populiste et corrompu au possible, une insécurité insupprotable, jai beaucoup de plaisir a effectuer un stage dans ce pays.
La beautée locale des filles, l acceuil tres chaleureux des gens, leur bonne humeur et leur entrain, la chaleur des soirees salsa font que finalement cela vaut la peine de s´y rendre.
2 mai 2006 at 13:20
Comment avez vous pu avoir l’impression que je n’y avais pas pris de plaisir !
2 mai 2006 at 13:57
Cher (si je peux?) Patrick,
Plagier Perec est un droit, je l’ai déjà fait!
Mais quand on le fait aussi naturellement que vous (nan!nan! je flagorne pas!)
c’est un devoir de continuer.
Je lis votre blog depuis 6 mois, je pense qu’il est temps de penser à la version papier.
Si ça vous trotte dans la tête depuis un moment, parlons-en.
Merci encore pour cette tranche de quotidienneté sud-américaine.
2 mai 2006 at 15:13
Ahahah, vous êtes très aimable. moi qui ai du mal à placer un mot derrière l’autre, qui n’arrive jamais à exprimer de manière satisfaisante ce que je pense, allant sans cesse chercher dans des exemples, des images ou de la musique la manière de faire comprendre ce que je n’arrive pas à écrire.
Il y a des millions de personnes qui écrivent sans difficulté ce que je devrais reprendre mille fois pour oser me présenter devant eux.
J’écris comme un goret et j’en suis conscient. Quant à Perec, j’ai certainement lu certaines choses de lui, à cet instant précis je n’en ai pas souvenir.
Merci pour ce compliment.
2 mai 2006 at 15:51
Dernière phrase:…compliment est un euphémisme!
Un imitateur:
http://www.desordre.net/textes/bibliotheque/auteurs/perec/je_me_souviens.html
un original, qui ressemble à l’original:
http://www.chez.com/ateldec/00002000/
ma sous adaptation/requiem pour un ami:
http://www.marcgarcia.net/index.php?displayBegin=88
Ma devise: tout écrivain (dans le sens de poser des mot…scribouilleur, pour ceux qui n’assument pas) à un devoir de témoignage, surtout quand il a eu une vie comme la vôtre qui transparaît parfois (à votre corps défendant) dans vos récits.
Récit est la bonne définition!
SVP, Patrick, faîtes plaisir aux lecteurs de votre blog, récitez nous votre vie sud-américaine.
Vous avez raison, ne pensez pas au goret que vous êtes le seul à voir; ne pensez pas à écrire et continuez à vous raconter/réciter.
Certains de vos lecteurs se chargeront d’en tirer la substantifique moelle, et le moment venu, vous prouveront, avec la facilité d’une évidence, que vous êtes un écrivain.
Asta l’ami.
Mon obstination vous fait croire à de l’ironie, j’en suis désolé.
Lancez vous!
2 mai 2006 at 17:17
OK Kersaint
Je vais essayer de vous faire plaisir de temps en temps.
2 mai 2006 at 18:51
Kersaint n’a pas tord

Et tu as l’air d’avoir des souvenirs intéressants
3 mai 2006 at 20:49
Encore des attaches en France ou ta vie n’est plus qu’Amérique du Sud?
3 mai 2006 at 20:57
J’ai des attaches en France Rémi, je suis même toujours actionnaire d’une société dont je fus l’un des fondateurs.
Ma vie, elle est un peu partout, beaucoup en Argentine, mais demain, je ne sais pas…
Je ne fais pas ce genre de choix, essayez de ne pas les faire non plus.
6 mai 2006 at 15:53
Même si je ne doute pas un instant de la beauté de ce pays et de ses paysages, mon esprit d’aventure étant limité, je ne sais si j’aurai le courage de franchir les frontières de l’Europe.
Dans cette attente, à travers les blogs, à travers vos yeux, je découvre d’autres cultures, d’autres univers, et je m’en délecte.