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Visites guidées de l’ancien centre de torture de l’ESMA à Buenos Aires

EasyVoyage.com : Visites guidées de l’ancien centre de torture de l’ESMA � Buenos Aires
la terrifiante banalité de l’Ecole de la mort

Les Argentins vont bientôt pouvoir visiter l’un des lieux les plus tragiques de leur histoire: l’ancien centre de tortures de l’Ecole de mécanique de la Marine (ESMA). Mais les plus jeunes - ceux qui n’ont pas connu la dictature militaire (1976-1983) - auront du mal à comprendre les souffrances vécues par des milliers d’opposants dans ces lieux d’une terrifiante banalité. Plus de cachots, plus de salles de tortures, plus de “gégène”: tout a disparu. Juste quelques marques sur les murs et les sols rappellent les contours des anciennes cellules. Et ce n’est qu’avec l’aide d’un survivant que l’on remarque les brisures causées aux marches de marbre par les lourdes chaînes des prisonniers. Les pièces sont dévastées, sans meubles ni boutons de porte… Même l’ascenseur qui reliait dans le bâtiment principal les salles de torture du sous-sol aux “dortoirs” du grenier a été supprimé et la cage condamnée. “C’est comme cela que nous avons trouvé les lieux il y a un an. +Ils+ ont tout démonté”, dénonce Enrique Fukman, l’un des rares rescapés, lors de la première visite de l’ESMA organisée pour la presse étrangère. L’an dernier, lors de la commémoration du coup d’Etat du 24 mars 1976, le président Nestor Kirchner avait annoncé la création d’un Musée de la Mémoire dans ces lieux où transitèrent quelque 5.000 opposants au régime. Ils ne furent qu’environ 250 à en sortir vivants. Les autres moururent sous la torture ou furent jetés, drogués mais encore vivants, dans le Rio de la Plata depuis un avion ou un bateau. La plupart des Argentins ne connaissent de l’ESMA que ses pimpantes façades, encadrées de pelouses soignées et d’arbres centenaires. Car pendant les deux décennies suivant le retour à la démocratie, la Marine a continué de former ses officiers dans ce vaste complexe de 34 bâtiments. Après l’injonction présidentielle, les militaires ont dû abandonner sept édifices, dont le tristement célèbre mess des officiers. L’ensemble des lieux devra retourner sous juridiction civile, en deux étapes, d’ici la fin de l’année. Courant avril, les Argentins pourront visiter les premiers bâtiments abandonnés par les militaires. Il s’agira de visites guidées, surtout destinées aux scolaires. Dans un premier temps, la fréquence des visites sera réduite, peut-être trois par semaine. “Ce ne sera pas encore une ouverture au grand public”, selon Ana Barrio, un des conseillers de la municipalité pour les Droits de l’Homme. Sous le club des officiers, les visiteurs découvriront un vaste cellier. On y torturait, on y tuait, alors qu’au dessus on se détendait. Mais rien ne rappelle ces heures tragiques. Même les fenêtres ont été changées. “Tous ceux qui ont été séquestrés ici te diront que les fenêtres étaient plus petites. Cela fait partie des changements qui ont été faits pour que l’on ne reconnaisse pas les lieux”, relève M. Fukman, qui passa 15 mois à l’ESMA. “Au début, les militaires ont voulu faire croire qu’il n’y avait pas eu de disparus. Après ils ont voulu faire croire que nous mentions”, souligne ce petit homme déterminé à la barbe de prophète. Dans une soupente déserte avait été installé l’”aquarium”: une série de bureaux vitrés de part et d’autre d’un couloir. L’ancien capitaine Ricardo Cavallo, en instance de jugement en Espagne, y avait ses quartiers. “Il avait un cadre avec la maxime d’un général français d’Algérie affirmant que pour soumettre un peuple, il fallait être disposé à mettre la main dans la merde”, raconte M. Fukman. Sans ce rescapé, comment croire que ce banal grenier hébergeait plus d’une centaine de prisonniers, cagoulés et enchaînés en permanence ? D’un geste, M. Fukman montre le coin où une religieuse française passa ses dernières heures. Le débat n’est pas clos entre l’Etat fédéral, la municipalité et les associations sur l’usage à donner à ce vaste ensemble de 17 hectares. “On ne peut pas penser en termes de musée conventionnel”, souligne Mme Barrio. Reconstruire les lieux tels qu’ils étaient n’est guère envisageable. Pendant la dictature, les mêmes pièces ont pu servir à plusieurs fonctions. Et les témoignages des quelques survivants ne concordent pas toujours.

source AFP

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